Une Église synodale est-elle possible sans la conversion permanente de ses membres ?

Cette question, qui me paraît mériter d’être posée, résonne de façon toute particulière en ce moment où, rassemblée dans la belle et légitime diversité de ses membres, l’Église universelle se trouve réunie à Rome pour repenser son avenir, qui portera indubitablement les joies et les stigmates de son présent marqué par une cascade de mutations en tous genres. L’on ne peut que se réjouir d’une telle rencontre, qui nous rappelle l’essence synodale de l’Église, œuvre du Père réalisée par le Fils dans l’Esprit Saint, et à laquelle sont associés tous les baptisés. Les travaux, menés sous l’inspiration de l’Esprit Saint, Esprit de vie et de renouveau, ne manqueront certainement pas d’ouvrir, pour notre temps et ceux à venir, de nouveaux chantiers. Mais qu’ils soient spirituels, théologiques, anthropologiques, sociologiques, pastoraux,liturgiques, écologiques ou économiques, ces chantiers nécessiteront des hommes et des femmes convertis. Sans prétendre être exhaustif, j’aimerais proposer, ici, cinq lieux de conversion pour une Église véritablement synodale.

 1- Conversion de notre façon d’être

Devenons ce que nous sommes, c’est-à-dire des disciples du Christ.

-Savons-nous être avec les autres, signes de la présence de Dieu parmi nous, ou nous laissons-nous happer par l’élitisme qui, nous enfermant dans un cercle périlleux, nous amène à choisir minutieusement ceux et celles avec qui nous voulons être, les autres ne comptant pour rien ou jugés indignes d’être avec nous ? 

– Savons-nous vivre les joies et les peines des autres, célébrer leurs victoires et pleurer leurs échecs dans l’espérance d’une aube nouvelle ?

-Sommes-nous disposés à être simplement avec eux, autant que faire se peut, ou à aller vers les marginalisés, ceux dont personne ne veut? 

-Ne sommes-nous pas des promoteurs du clanisme, qui sape les bases d’une Église  véritablement inclusive et où tous et chacun peuvent respirer l’odeur de la Bonne Nouvelle ? 

 2- Conversion de notre façon de croire

Nous sommes ce que nous croyons.

-Comment croyons-nous?

-Croyons-nous en l’Église, comme elle, avec elle, par elle, ou nous inventons-nous une façon de croire propre à nous et taillée sur mesure, bien loin des fondamentaux de l’Église ?

-Croyons-nous avec les autres? 

 3- Conversion de nos regards

Dis-moi comment tu regardes, et je te dirai qui tu es.

-Comment nous regardons-nous? 

-Comment regardons-nous les autres, spécialement, ceux et celles qui ne croient pas comme nous ou qui sont différents de nous par leur race, leur sexe, leur condition de vie, leur histoire, leur religion ou leur culture ? 

– Ne nous estimons-nous pas souvent supérieurs aux autres, les regardant avec condescendance et mépris? 

– Croyons-nous vraiment qu’eux aussi sont dans le plan de Dieu qui nous touche mais nous échappe ? 

– N’est-il pas grand temps, pour nous, de guérir de nos stéréotypes, de nos préjugés et de nos exclusions ? 

 4- Conversion de notre agir

Notre agir peut dire notre être à plus d’un titre.

– Quelle est notre façon d’agir? 

-Tient-elle compte des autres ou nous plonge-t-elle dans un nombrilisme irréductible, où il n’y a que nos aspirations qui comptent ? 

– Notre agir se laisse-t-il sans cesse interpeller par l’Évangile, dont la nouveauté défie tous les temps et tous les hommes, ou se perd- il dans les méandres du subjectivisme et de ses déviances?

-Agissons-nous vraiment pour le bien de l’Église et de tous ou nous laissons-nous prendre au piège glissant du relativisme, de l’individualisme ou du cléricalisme ? 

 5- Conversion de notre façon d’annoncer l’Évangile

Ne soyons pas plus enclins à dénoncer qu’à annoncer.

-Annonçons-nous l’Évangile ou nos propres personnes ?

-Le moment n’est-il pas venu  de sortir des sentiers battus pour proposer de nouveaux modes d’annonce de l’Évangile?

-Le message intemporel de l’Évangile n’est-il pas obstrué par notre ego et nos querelles idéologiques ?

Ces cinq lieux de conversion, avec leurs questions auxquelles chacun peut répondre, en âme et conscience, sont à revisiter sans cesse, afin d’aller plus loin dans notre marche vers l’idéal synodal que nous propose le Saint-Père François, dans le sillage de la longue et riche tradition de l’Église, synonyme de synode. 

Ensemble, tournés vers l’espérance, bâtissons notre Église, présence vivante et vivifiante du Christ dans le monde!

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