Une bonne grillade de porc avec du bon vin pour bien l’accompagner, des chants chorale ou des sons de louange et d’adoration joués sur une faible sonorisation qui ne dépasse pas les murs du grand domicile familial, des moments de retrouvailles pour certaines familles dispersées, voilà à peu près à quoi ressemble une journée de fête dans un foyer catholique au Sénégal. Point besoin d’être riche pour passer de bonnes fêtes. Dans un foyer catholique, quel que soit le statut socio-économique, la ferveur et la joie se font toujours sentir en jour de fête.
« Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi », lit-on dans le livre de l’Apocalypse (3,20). Le catholique sénégalais ayant bien entendu la voix de son voisin musulman qui frappait à sa porte, a bien voulu la lui ouvrir.
« À invité spécial, menu spécial », dit-on. La religion musulmane interdisant la consommation de la viande de porc à ses fidèles, c’est volontairement et avec beaucoup de plaisir que le catho se passera de sa bonne grillade de porc prévue pour l’occasion, pour faire sortir les grosses cuisses de poulets du congélateur, afin mettre à l’aise son frère musulman. Une fois n’est pas coutume et le dialogue islamo-chrétien est passé par là.
Ainsi dans plusieurs foyers catholiques, en jour de fête, soit deux plats sont au menu, l’un à base de poulet et l’autre à base de port, soit un seul plat à base de poulet et le porc réservé pour le lendemain. Des variétés de jus de fruits et d’autres sortes de boissons sucrées sont mises à la disposition des frères et sœurs musulmans. Des gestes hautement symboliques qui raffermissant les liens du bon voisinage, renforcent la cohésion sociale et concrétisent le commun vouloir de vie commune.
Les mêmes actes sont posés en période de Pacques avec la distribution du fameux « ngalax » tant attendu par les voisins.
Toutefois, les fêtes de l’Aïd El-Kébir, l’Aïd El-Fitr et la naissance du prophète Mohamed communément appelée au Sénégal Tamkharite, sont également des occasions pour les musulmans du pays de la téranga, de manifester, à leur tour, leur joie de cohabiter avec des voisins qui sont d’autres obédiences religieuses, en partageant leurs repas et en distribuant aussi la viande de mouton égorgé le jour de la tabaski.
Une tradition qui se perpétue de génération en génération et qui contribue grondement à cette stabilité du pays chantée partout à travers le monde.
Jean-Michel Cissé
