On dénombre une kyrielle de mouvements d’action catholique au niveau des communautés ecclésiales de base, paroissial, diocésain et même national au sein de l’Eglise catholique qui est au Sénégal. Leur engagement et leur dévouement au sein de l’Eglise ne sont plus à démontrer. Mais qu’en est-il de leur mission « ad extra » c’est-à-dire en dehors de celle-ci ?
Sur ce point précis, il nous semble qu’il y a beaucoup de choses à dire au point même d’en oublier. Le prétexte de ce texte est donc bien les prochaines élections locales que tout le monde prépare activement. Je voudrais juste me convaincre que les catholiques ne seront pas en reste. Si ce n’est pas le cas, il bon de commencer d’ores et déjà à penser, à systématiser, leur participation à ces prochaines élections qui pour moi constituent un tournant très important dans la vie nationale.
Pourquoi et comment participer à ces élections ?
La participation massive des catholiques à ces Locales est vitale. On peut même appréhender cette participation comme une nécessité et comme un devoir canonique pour le catholique. Cette participation permettra de mettre un terme à l’engagement par procuration des catholiques qui préfèrent toujours se cacher derrière un « messie » qu’il croit capable de défendre leurs intérêts.
L’enjeu est donc de participer et de nous présenter nous-mêmes. Il s’agit d’avoir notre propre candidat ou à défaut un candidat avec qui on partage les valeurs nationales d’ouverture à la différence culturelle et à la diversité religieuse. Mais nos communautés sont-elles suffisamment remplies de jeunes et de moins jeunes compétents capables de défendre les intérêts de notre communauté. Les compétences dont regorgent nos communautés peuvent bel et bien les faire valoir en dehors d’elles.
Comment participer ?
Chaque communauté ecclésiale de base (CEB), chaque paroisse, chaque diocèse, toute l’Eglise qui est au Sénégal devra s’engager dans la sensibilisation et la nécessité pour chaque fidèle de participer activement à ces élections. Car voter est d’abord et avant tout un acte citoyen. Qu’on ne vienne donc pas nous rétorquer que « comme catholique, je suis a-politique ». Du moment où vous vivez dans votre commune, vous êtes considéré comme un sujet politique. Car, tout est politique même le fait de payer les impôts.
Nous prenons ici le mot politique au sens de « polis » (cité). A ce que je sache, tout catholique vit dans la cité. Sous ce rapport, la vie de la cité doit l’intéresser. Et même si ce n’est pas le cas, on lui rappellera toujours qu’il est dans la cité.
Evidemment, nous reconnaissons que la nécessité de s’engager doit s’accompagner d’un minimum de formation et d’information à l’engagement politique de base. Il y a de ce point de vue beaucoup de travail à faire. Mais cela ne doit pas empêcher les catholiques de s’auto former et de s’intéresser eux-mêmes à la vie de la cité.
Feu l’abbé Adolphe Faye avait invité, en son temps, à la cathédrale un leader politique catholique pour échanger avec les fidèles de la paroisse cathédrale. On pourrait sur cette base, intensifier les sessions de formation et d’information pour mieux aider les fidèles à saisir les enjeux des prochaines locales. Des cadres catholiques et mêmes non catholiques de toutes obédiences politiques pourraient être mis à contribution pour cela. Il s’agira pour ces temps de formation de conscientiser et de pousser le maximum de catholiques à s’inscrire et à s’engager aux prochaines locales.
L’engagement effectif est la seule solution pour mettre un terme aux plaintes et récriminations dont sont spécialistes les catholiques lorsqu’ils voient leur droit bafoué. L’engagement effectif est le seul moyen pour mettre un terme aux pleurs et aux grincements de dents des catholiques lorsqu’ils constatent qu’on les a royalement oubliés voire ignorés lors d’une prise de décision qui concerne la vie de la cité.
Pour ne plus donc voir ni entendre des plaintes de catholiques, il sera nécessaire de s’inscrire sur les listes électorales d’abord et de s’engager ensuite. Enfin, travailler à rendre effective la présence chrétienne dans les sphères de décisions au plan local avant d’aller à la conquête du pouvoir au-delà du local.
Catholiques : engageons-nous !
Frère Pierre-Marie Niang, o.p.
Auteur et doctorant en théologie du dialogue islamo-chrétien
