Les catholiques célèbrent la fête de Pentecôte, dimanche prochain, 31 mai 2020. Abbé Sébastien Mamadou Diouf, prêtre de l’Archidiocèse de Dakar et Curé de la paroisse Conversion de Saint Paul de Djilas revient sur le sens de l’événement. Il donne également quelques pistes pour vivre concrètement les fruits de cette fête aujourd’hui.
Ce jour-là, à Jérusalem, rien ne laissait prévoir ce qui allait se passer : l’Esprit Saint est un Souffle imprévisible.Quelques disciples timorés enfermés dans une maison ! Pas de quoi révolutionner la planète ! Et pourtant elle est là la planète ! Symboliquement représentée, mais elle est là ! C’est pourquoi vous avez entendu les noms de tous les peuples connus de l’époque. Seulement, c’est dehors que ça se passe! Il ne faut pas toujours rester dans les églises, entre gens sympa, les anciens disciples de Jésus.Comme des anciens combattants ! Alors il vint du ciel un grand bruit et les voilà tous dehors !
L’Esprit Saint et les symboles
L’évènement nous est raconté avec les symboles de l’Ancien Testament : l’Esprit de Dieu est sans visage et les noms qu’on lui donne disent ce qu’il est : le vent et le feu :
- Vent qui balaie, pousse, nettoie, bouscule
- Feu qui réchauffe, éclaire, dynamise
Première grande idée de cette fête
La pentecôte réchauffe les disciples et les fait sortir
La Pentecôte c’est comme un grand feu de joie qui réchauffe les disciples ! Mais elle va se transformer en une grande fête multicolore : la jeune Eglise paraît au balcon de l’histoire et va embrasser d’un seul regard l’humanité tout entière. A peine née, elle enveloppe de son regard missionnaire, l’univers des hommes. Ce n’est pas pour rien que l’on a entendu cette liste des nations de l’époque.
Les disciples auraient pu avoir la tentation de rester à se chauffer au grand feu de l’Esprit, mais les voici envoyés ! C’est la première grande idée de cette Pentecôte : les voici envoyés vers les nations qui sont sous le ciel.
Deuxieme grande idée
Chacun entendait proclamer dans sa propre langue les merveilles de Dieu. Pierre pour la première fois devient témoin. Il n’y a pas de traduction simultanée comme à la télé.. Il ne parle pas une langue mystérieuse : la plupart de ceux qui sont là sont Juifs et comprennent la langue de Pierre. Mais leur travail et leur vie les a amenés aux confins de l’Empire romain. Le message, c’est à eux de le traduire là où ils sont. Si l’Eglise veut atteindre tous les hommes, elle ne s’enfermera dans aucune langue, si sainte soit-elle : ni grec, ni araméen, ni hébreu, ni latin. L’Esprit est polyglotte et Dieu entend toutes les langues. C’est l’envers de la Tour de Babel.
Vivre la Pentecôte aujourd’hui
Aujourd hui ce récit de la pentecôte nous invite, non pas à rester les yeux fixés au ciel, mais à garder les pieds sur terre et à regarder vers l’avenir. Jésus n’appartient pas à un passé révolu, mais fait sans cesse irruption dans nos vies. Comme aux premiers temps, nous appelons son Esprit à renouveler la face de la terre.
Il s’agit pour nous:
- De ne pas nous replier comme les apôtres avant la Pentecôte, sur un petit groupe sympathique qui se retrouve le dimanche, ou nous replier sur des structures qui tournent…L’Esprit ne s’embarrasse pas de structures qui tournent! Ouvrir les portes! Rappelons-nous que chaque fois que menaçait l’étouffement dans l’Eglise, l’Esprit a suscité des saints ou des événements : François d’Assise, le concile de Vatican II.
- De partager la vie des hommes: leurs craintes et leurs espoirs, comme Paul à Corinthe et chez les Galates. Partager la vie des hommes au travail, dans le quartier, dans les associations.
- De vivre dans l’Eglise le partage des tâches et des responsabilités. Chacun a des dons et reçoit en plus les dons de l’Esprit que St Paul énumérait: amour, joie, patience, paix, bonté, bienveillance. foi, humilité et maîtrise de soi. Personne ne peut parler toutes les langues ni n’a toutes les qualités, ni ne peut être à l’aise avec tous (encore moins le curé ! Donc on n’attend pas tout de lui). Chaque membre de la communauté a un rôle différent et complémentaire des autres.
Acceptons d’être ce peuple, poussé par l’Esprit à s’adapter au monde qui change: soyons un peuple nomade, les nomades de l’Esprit Saint, pourvu que nous nous accrochions à ce qui est stable: Jésus Christ, sa parole, l’assurance d’être guidés par l’Esprit, souffle de Dieu. A nous de chercher ensemble des moyens plus adaptés au monde d’aujourd’hui pour transmettre le dépôt de la foi et le message du Christ. Les apôtres ont fait ce qu’il fallait pour répandre l’évangile : ils n’ont pas converti en un jour au Ressuscité. La prédication a pu certes faire des merveilles pour se répandre, mais elle a aussi connu, au cours des siècles, de la lenteur, de l’hostilité, de l’indifférence. C’est une oeuvre de foi et de longue durée.
Aujourd’hui c’est le même Esprit qui nous pousse et nous éclaire. Dans un monde qui bouge vite, avec une communication en 5 minutes jusqu’au bout de la terre, il faut que nous nous adaptions à de nouvelles manières de témoigner. L’Esprit nous a été promis pour nous mener à la vérité tout entière, pour nous faire trouver des solutions pour l’avenir. On ne peut pas s’enfermer dans ce qui a toujours été fait. Qu’il nous aide à explorer de nouveaux chemins pour l’évangile.
Une petite histoire pour finir:
En remontant au ciel à l’Ascension, Jésus croise l’Archange Gabriel, tout content de le revoir et qui lui demande : Qu’est-ce qui va se passer sur la terre ? De loin, je ne vois que de la nuit sur la terre., seulement quelques petites lumières là bas… ?
Jésus répond: Compte bien les petites lumières : il y en a douze ! C’est Marie, ma mère et mes apôtres qui prient au Cénacle.
L’archange reprend : Mais quel est votre plan maintenant ?
Jésus répond : Mon plan c’est, après être retourné chez mon Père, de leur envoyer l’Esprit Saint pour embraser toute la terre comme un grand feu.
L’archange sceptique (il connaît un peu les hommes !) risque cette remarque : Et si votre plan ne marche pas ?
Jésus répond : Je n’ai pas d’autre plan !
Conclusion : il fait confiance à l’Esprit Saint et il compte sur nous tous et sur chacun ! Amen !
Abbé Sébastien Mamadou Diouf
