HOMMAGE A Sr CLAUDINE CHOLET, ANCIENNE DIRECTRICE DE HORIZONS AFRICAINS (Horaf)

Dans le silence recueilli du 5 janvier 2025, à quelques jours seulement de son 106e anniversaire, Sœur Claudine Cholet, doyenne des Franciscaines Missionnaires de Marie, a rejoint la demeure céleste. Gardienne passionnée d’Horizons Africains pendant plus de deux décennies, elle laisse derrière elle un sillage de mémoire vivante, tissé par ses anciens collaborateurs comme Emmanuel Diedhiou, qui aujourd’hui honore sa mémoire et confie sa propre fille, homonyme de la religieuse, à l’héritage spirituel de celle qui fut bien plus qu’une directrice de publication.

CETTE JEUNESSE QUI TE DIT…

Dans la sérénité qui t’a toujours caractérisée, tu es partie, un peu comme tu as vécu ton pèlerinage sur terre, en ce dimanche 05 janvier 2025, à 15 jours de ta …106e année.

Tes consœurs, éplorées mais emplies de gratitude, parlent du départ vers  la Maison du Père de la doyenne des Franciscaines Missionnaires de Marie (FMM) et nous, tes amis et anciens collaborateurs au Sénégal, nous ne pouvons que nous incliner pieusement et très respectueusement devant la mémoire de celle que nous appelions affectueusement Mamie, celle qui pendant plus de vingt (20) ans, a dirigé et assuré le secrétariat du Mensuel catholique Sénégalais Horizons Africains.

Le sémillant cardinal Thiandoum avait vite remarqué tes qualités humaines exceptionnelles, ton esprit de méthode, ta rigueur vis-à-vis de toi-même d’abord et vis-à-vis des autres, ensuite, pour te confier cette délicate mission, dans un contexte médiatique en pleines mutations.

La confiance de son Eminence est à l’aune de ce que représentait l’outil Horaf pour l’Eglise locale, appelée constamment à donner son avis sur la vie du monde, la marche de la société et de l’Eglise.

D’ailleurs, qui mieux que le Cardinal Thiandoum, plusieurs fois Rapporteur du Synode des Évêques, aura compris et bien compris le rôle des moyens modernes de communication dans la mission de l’Eglise. Les éditoriaux qu’il signait de sa main experte, pour ton plus grand bonheur, étaient la meilleure illustration de cette avance que le prélat, alors Archevêque de Dakar, avait sur les hommes de son temps, qui peinaient à comprendre que le nouvel ordre mondial allait principalement se jouer sous ce terrain mouvant à multiples inconnues.

Ainsi, avec un noyau compact constitué de hauts cadres, de plumes respectées et réputées, d’ecclésiastiques avertis, d’hommes et femmes de culture et de lettres, dont la seule signature suffisait pour assurer la crédibilité du canard jouxtant l’imprimerie Saint Paul à Dakar, tu entrepris, patiemment mais obstinément, de donner une existence médiatique réelle et attractive à ce journal lancé par les Missionnaires « blancs » en …1947, sous l’ombre tutélaire de l’hebdomadaire Afrique Nouvelle, de loin plus célèbre, grâce à des icônes comme le P. Joseph Roger de Benoist ou encore Simon Pierre Kiba, de vénérée mémoire.

En réunion de rédaction, nous aimions t’appeler Mamie, par respect pour ton âge, même si à 90 ans révolus, tu t’empressais de préciser que tu étais âgée mais pas vieille. Vieillissante, elle fructifie encore; elle garde sa sève et sa verdeur, étions-nous tenté de répondre à ceux qui se montreraient dubitatifs.

Tu étais effectivement d’une vivacité intellectuelle impressionnante, inversément proportionnelle au poids de ton âge, pointilleuse, ayant en sainte horreur les fautes grammaticales, les phrases alambiquées, les synthaxes faussement savantes.

Tu étais rigoureuse, Soeur Claudine Cholet, et ton mérite c’est peut-être d’avoir compris que dans ce monde des médias et de la communication, la simplicité et la précision font le charme des relations épistolaires.

Le Cardinal Thiandoum avait raison de faire de toi sa pépite discrète pour une intrusion intelligente dans ce monde où informer juste et vrai était une prescription chrétienne des plus impérieuses…

Pour sûr, avec la génération glorieuse des Emmanuel Victor Cabrita, Léopold Cabral, Martin Faye, Alain Agboton ou encore les plus jeunes comme Raphaël Lambal , François Sène, ton ambition secrète était de faire de Horaf le sismographe de l’actualité catholique au Sénégal et dans le monde.

Tu en débordais d’ingéniosité et de professionnalisme, à une époque ou l’intelligence artificielle (IA) était encore inexistante ou à l’état embryonnaire.

Tu étais intelligente, Sr Claudine, et tu savais compter sur la sagesse et le génie de tes collaborateurs pour faire bouger les lignes, bien au delà de ce que l’indigence matérielle ou financière pouvait dresser comme obstacles ou défis.

Fascinante et belle malgré ton âge très avancé, la chevelure toujours bien soignée, tu restais la Soeur instruite des valeurs et vertus franciscaines de simplicité et de respect de son environnement immédiat.

Tout, en effet, est ordre et ordonné chez toi, rien qui déborde, tout est raffinement dans le style, le verbe, la gestuelle, avec cette liberté de ton, cette franchise, que dis-je, ce goût de la vérité qui te faisait marcher de la mythique Place de l’Indépendance à l’hôpital Aristide le Dantec, parce que le taximan indélicat ou corrompu n’a pas accepté les 500f cfa de tes marchandages. On en riait mais c’était expressif de ton rapport à toi-même et aux autres.

J’ai beau te dire que le prix est très en deça de ce qui est habituellement demandé aux clients, rien n’y fit. Ça aussi, c’était Sr Claudine, économe jusqu’aux ongles et très respectueuse du bien commun.

Aujourd’hui que tu as rejoint les étoiles qui scintillent autour du trône de ton Dieu, des voix plus autorisées que la mienne auraient pu mieux témoigner pour te rendre l’hommage posthume et mérité, au regard des immenses et inombrables services rendus à notre Eglise du Sénégal.

Je puis t’assurer que dans la prière, tu resteras à jamais gravée dans mon coeur et au fronton de notre Eglise du Sénégal pour laquelle tu t’es consummée au péril de ta santé, en intrépide et vaillante Franciscaine Missionnaire de Marie, ton modèle de vie et de sainteté.

Du ciel, merci de prier pour notre Eglise du Sénégal, ses pasteurs, les communicateurs catholiques.

Merci, à titre personnel et privé, de prier pour ma petite Claudine. J’ai eu de la peine à la convaincre qu’on ne pleure pas pour une homonyme qui a franchi les 100 ans, comme le veut sa culture diola.

Dans l’action de grâce, nous te remettons entre les mains de  Celui qui t’a dotée d’une étoffe qui plaise aujourd’hui, nous le croyons fermement, aux anges, dans la cour céleste  des amis de ton Dieu.

Qu’ils te fassent un bon cortège et que ton souvenir ravive en nous les liens de notre amitié éternelle.

Va en paix, Soeur Claudine Cholet !

Va en paix, Mamie, l’éternelle jeunesse franciscaine !

Emmanuel DIEDHIOU 

1 commentaire

  1. Merci beaucoup Emmanuel pour ce beau témoignage à l’endroit du regretté Sœur Claudine que le seigneur l’accueil dans son paradis.

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