Souvenir d’un naufrage…actes d’indisciplines, à quoi servent nos lois ?

Blaise Guignane Sène pose un regard lucide et sans concession sur l’indiscipline chronique qui gangrène le Sénégal, 22 ans après le naufrage du Joola. Dans une analyse percutante, il interroge l’absence de changements dans les comportements malgré cette tragédie et appelle à une prise de conscience collective urgente. Entre constats alarmants et pistes de solutions, l’auteur nous invite à repenser notre rapport aux lois et à la citoyenneté pour construire un avenir meilleur.

Aux larges de la Gambie, un 26 septembre 2002 coulait le ferry sénégalais engloutissant plus de 1500 personnes.

Ce fut l’un des moments les plus tragiques de l’histoire maritime de notre cher Sénégal.

En cette douloureuse circonstance, plus douloureuse aujourd’hui d’ailleurs, nous restons inclinés devant la mémoire de tous les défunts.

Que leurs âmes reposent en paix et que les sénégalais se souviennent, se souviennent, se souviennent…

22 ans après cette tragédie, nous étions presque sûrs que le comportement du sénégalais changerait par la force et la brutalité de l’événement. Nous aurions juré la main sur le feu que nos immédiates résolutions seraient “Parole d’évangile “ dans la mesure où les sources de la tragédie rejoignent toutes l’éternel problème de la discipline. Hélas, comme si nous étions distributeurs génétiques de contre-valeurs morales.

La tragédie du “Joola” n’a malheureusement pas servi au sénégalais qui, de plus en plus, s’accroche péniblement au rallye de l’indiscipline. Pourtant la course effrénée vers le développement économique et social de tous les pays du monde semble emprunter une autre trajectoire: celle de la pleine responsabilité, du savoir-vivre, savoir-être, du respect des lois, du bien commun, de la diversité…

Il est regrettable que nous puissions en arriver à un niveau d’irresponsabilité sociale dans la majorité des secteurs d’activités, dans nos quartiers, ruelles, boulevards et avenues. Ce même niveau d’irresponsabilité, comme si nous en étions des distributeurs agréés, continuent de menacer notre existence ainsi que notre commun vouloir  de vivre ensemble.

Aujourd’hui, en 2024 il est possible de constater pour s’en désoler que le changement de comportement tant prôné n’est point au rendez-vous. Nous avons effectivement du mal à nous détacher de certains comportements qui gangrène notre société, qui écorche l’image de notre pays.

Le nombre d’accidents sur les routes de “l’avenir “, de “l’émergence “, de la “tolérance zéro “ etc. est en phase crescendo et ne semble pas encore s’en limiter à ce stade. Parallèlement, nos politiques ne semblent pas prendre à bras le corps ce phénomène au moment où les surcharges dans les transports en commun sont devenues monnaies courantes. L’on se vente, d’ailleurs, et défie l’autorité quand nous devons accompagner un défunt parent au cimetière : les voitures sont pleines à craquer (très banal comme illustration).Il en est de même lors des événements religieux qui drainent des milliers de fidèles : surcharger un véhicule destiné pourtant au transport de matériel est fait courant. Pire, conduire à toute vitesse sans permis ou en dormant relève du cours normal des choses. De plus, glisser des billets de banque aux agents, pourtant, assermentés est un exploit. Organiser des séances de pertes de vies humaines sur nos routes est la tendance du siècle.

En citant l’exemple du transport routier et ses nombreuses ramifications, nous ne pouvons passer sous silence les enseignements émanant de ce phénomène.

D’abord, il faudrait appliquer sans autre forme de procès les sanctions prévues par la loi. Ce principe universel ne devrait pas faire l’objet de négociations car on ne bâtit pas une nation sur des probabilités. En sanctionnant vigoureusement les fautifs, en leur affectant des amendes égales à leurs salaires de fin du mois, on fait naître sans effort une force de dissuasion.Ensuite,à travers ces comportements, nous voyons nettement que l’éducation de base est loin d’être correctement assurée dans les familles et certaines structures scolaires.Donc,le pouvoir de la rue prends automatiquement ses marques et transmet des actes d’incivisme que nous avons appris à éviter. C’est la raison pour laquelle, la violence a pris le dessus sur nos aspirations sociales et dont le socle pacifique a été bâti par d’illustres Sénégalais. Dans un papier en date du 23 juin 2021 nous évoquions le phénomène de la violence sous toutes ses formes…à lire… (https://www.dakaractu.com/Senegal-quand-tout-finit-dans-la-violence–Blaise-Guignane-SENE_a205287.html)

Sans relâcher notre propos, il existe d’autres cas d’indiscipline et de je-m’en-foutisme qui nous font penser à la tragédie du 26 septembre 2002, à ses causes, ses multiples dégâts moraux, économiques…

Les nombreuses agressions humaines contre l’environnement sont des preuves tangibles du laxisme et de la négligence infernales cautionnées par le fameux “masla” national (semblant de dialogue pour étouffer un problème). Désormais, il serait légal de négocier l’issue d’une bêtise voulue et causée par un citoyen indiscipliné: jeter ses ordures, faire ses besoins primaires dans la rue seraient exempts de toutes sanctions pénales. De plus en plus l’occupation des trottoirs, la mendicité et le tapage provoqués sont devenus légitimes dans notre pays au moment où ces phénomènes sont convenablement pris en charge et éradiqués dans les pays qui en ont fait une priorité. Nous pensons que ces actes d’indisciplines sont mineurs et sans effets mais ce sont les symptômes vivants d’une maladie incurable à la longue.

Où sont les responsables ? Qui sont les fautifs ? Que devrait-on faire ?

Si une tragédie maritime impliquant des milliers de pertes en vies humaines n’a réellement pas connu de responsables ou coupables, il serait difficile, sans aucune once de pessimisme, de situer certaines responsabilités.

Toutefois il incombe aux nouvelles autorités étatiques de mettre fin à l’indiscipline sénégalaise par des mesures drastiques. Toutes les formes de slogans politiques rejoignent un idéal commun mais en effet il semble difficile de les appliquer faute de courage.

La réglementation des transports est du ressort du gouvernement qui a été nommé pour panser les maux de la population. Ce secteur est caractérisé par un laxisme sans précédent. Il est infecté de chauffeurs parfois malveillants qui n’hésitent pas à sacrifier les passagers. Le ministère en charge des transports doit mettre fin sans négociation aux différents actes d’indiscipline dont font montre les transporteurs : voiture surchargée dépassant les forces de l’ordre sur la route, défaut de visite technique ou même bâclée, non-respect du code la route, corruption entre autres. En même temps certaines routes manquent non seulement d’éclairage mais encore sont étroites ou occupées par des marchands ambulants.

D’un autre côté, les collectivités locales ont un rôle essentiel à jouer puisqu’ils ont eu le courage de solliciter les populations. Ils ont les ressources nécessaire pour la mise en œuvre de leur politique locale mais bon nombre d’entre eux s’embourbent dans des querelles byzantines au détriment des vraies aspirations de la communauté : corruption, accaparement et partage des domaines entre élus, etc. Ces derniers gagneraient à accompagner l’état dans la création d’emploi, par exemple, pour les nombreux jeunes qui rejoignent les côtes espagnoles à travers les pirogues. Concrètement, dans nos quartiers, nous ne manquons pas de rencontrer des groupes de personnes, pelles ou truelles à la main guettant le moindre entrepreneur ou chef de chantier. Si les élus locaux font de la tranche jeune (homme et femme)  leur priorité, ils pourront élaborer des programmes de formation dans les quartiers et profiter de la main-d’œuvre locale pour : construire des édifices, fabriquer des pavés, transformer les produits alimentaires, créer des unités de transformation ou de recyclage des déchets domestiques entre autres, mise en place de centre de formation à la citoyenneté,etc.En réalité, les collectivités locales ont bien un rôle à jouer dans la refonte des esprits en terme de discipline, de comportement citoyen, de respect de l’environnement, de patriotisme.L’Etat,lui,doit venir à la rescousse quand il s’agit de moyens légaux.

Vous l’aurez constaté, dans notre réflexion, nous avons voulu englober beaucoup de paramètres qui nous tiennent à cœur mais il demeure important de mettre en exergue les comportements anti-citoyens qui nous ont valu et qui nous valent encore un retard sur la scène mondiale. Il faut dire que nous avons raté le train de l’histoire en ne tirant pas de leçons du naufrage du 26 septembre 2022.cette tragédie aurait dû être le point de départ d’une prise de conscience collective et individuelle. Elle aurait pu réveiller notre égo et nous permettre d’appliquer toutes les sanctions prévues par les lois. La question que l’on doit se poser et qui mérite vraiment une réponse est la suivante : À QUOI SERVENT LES SANCTIONS PRÉVUES NOS LOIS ET RÈGLEMENTS ?

Blaise Guignane SENE

seneblaise@yahoo.fr

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