Dans un contexte sénégalais marqué depuis quelques jours par des tensions autour du port du voile à l’école, François Ngor Ndiaye, citoyen sénégalais et fidèle laïc de l’archidiocèse de Dakar, propose une réflexion apaisante et constructive. Dépassant les positions passionnées, il plaide pour une approche inclusive qui valorise le projet éducatif des établissements scolaires, au service de tous. Une voie de sagesse et de concorde pour dépasser les clivages et bâtir une nation unie dans le respect des différences.
Avec un bref regard dans le rétroviseur, nous constatons ceci. Le 30 juillet 2024 fut un jour de fête de l’excellence scolaire au Sénégal : remise des prix aux lauréats du concours général du Sénégal, édition 2024. Hélas, ce fut aussi l’occasion de la montée d’un nuage lourd de menaces dans le ciel sénégalais. Depuis lors, beaucoup d’échanges tournent autour de cette nuée, avec naturellement des avis divergents. D’aucuns ont fait des mises au points, d’autres on répondu, des autorités de tout acabit ont apporté leur contribution…
Beaucoup pensent qu’il nous faut tourner la page. A vrai dire, n’eût été la persistance du vol plané dangereux de cette nuée inquiétante pour la sécurité de notre pirogue commune, « Sunu gaal », je me serais volontiers tu. Mais les réflexions qui suivent veulent en toute simplicité aborder le problème avec une autre stratégie, d’autres munitions, pour une solution définitive.
Certains qui ont fréquenté les mouvements pastoraux de jeunesses pour des formations qui en fassent de bons croyants et de bons citoyens se souviennent d’une technique très efficiente dans la résolution de problèmes. Il s’agit d’une stratégie en 3 phases :
- Voir
- Juger (ou Réfléchir)
- Agir.
- Voir – Dans quelle sphère est-il possible de résoudre un problème sans le regarder en profondeur, savoir de quoi il est réellement question ? Ici, quelqu’un a pensé utile de dire à des jeunes, sur la place publique, que « désormais, plus personne ne saurait refuser une élève dans un établissement scolaire parce qu’elle porte un voile islamique ». Devant une telle déclaration qui rappelle une blessure en phase de cicatrisation, un citoyen qui hier a soutenu le tenant de ces propos, a mis sur la table quelques éclairages. Et dans la joute oratoire qui s’en est suivie, les arguments servis sont allés de l’invocation de la constitution au respect des convictions des autres, en passant par le poids de la majorité mécanique du nombre cardinal. En cherchant, à raison garder, réfléchissons un peu plus, sans passion, car « la passion aveugle ».
- Réfléchir – Force est de reconnaître qu’il y a une véritable méconnaissance du phénomène décrié. Les établissements académiques catholiques, pour ce qui les concerne sont jours soucieux de la décence du port vestimentaire par ceux qui les fréquentent : apprenants, enseignants, personnel administratif et techniciens de surface. Attaché à la double mission de l’école, instruire et éduquer, ces établissements ont mis en place un projet pédagogique pour réussir cette double mission. Là où les observateurs extérieurs ne voient que de bons résultats scolaires et des citoyens bien éduqués et consciencieux, l’honnête homme découvre un projet pédagogique au service de tous : élèves, parents, enseignants et Etat. Et le Ministre de l’éducation nationale a abondé dans ce sens lors de sa rencontre avec l’archevêque de Dakar sur le sujet. Un tableau synoptique met bien au clair des faits et phénomènes que beaucoup ignorent ou taisent volontairement.
| VISIONS | ÉTAT | ÉGLISE / ÉCOLE |
| Hymne national : Un peuple Un but Une foi Constitution : donner un cadre institutionnel et légal à la construction d’une nation unie et plurielle Symboles : Drapeau national Baobab | Organisation et/ou supervision des formations formelles et informelles de citoyens sur le territoire national et au niveau des sénégalais de l’extérieur restant sauve l’autonomie légitime des Etats et des Institutions | Organisation et coordination de formations formelles et informelles, générales et professionnelles, avec un projet éducatif qui exerce (entraînement) au vivre ensemble, dans la connaissance et la reconnais-sance mutuelles. Il s’agit de s’accepter plus que de se tolérer. |
| Éducation civique | Catéchèse et Morale | |
| Service militaire | Règlement intérieur |
Ainsi, au-delà de faire la joie de ses apprenants, la fierté des parents et le soulagement de l’État, l’école catholique au Sénégal participe au devoir régalien de l’État lui-même. Les parents qui lui confient leur progéniture ne confirment-ils pas cela ? Refuser à cette école le moyen de conduire sa mission tout en apportant un soutien fort appréciable et très apprécié des honnêtes gens, ne serait-il donc pas aller contre les intérêts supérieurs de l’État, des sénégalais et des hôtes qui vivent parmi nous ? « Jub bi ñuy xammee màg, soo kowàttee mu réer ! » Autrement dit : Enlevez la touffe par laquelle le vieillard est connu et reconnu, ce vieillard sera méconnaissable. A force de se tromper de cible, ne risquons-nous pas d’utiliser des munitions inappropriées ? Il faut oser dire la vérité au peuple sénégalais et au monde : Une élève n’a jamais été renvoyée d’une école catholique au Sénégal pour motif exclusif du port du voile. Il est évident ici qu’il ne s’agit pas d’un voile à accepter ou à refuser. Le voile en tant que tel n’est pas un problème pour l’école catholique. Il s’agit de comportements qui ne cadrent ni avec la Vision de l’État, ni avec la Vision et la Mission de l’Église exprimées et déclinée par l’école catholique. Passons du Voile aux comportements à éduquer. Il y a là terrain et matière de « Jub-Jubal-Jubanti », être droit, correct, honnête – rendre droit – Corriger. Mais, alors, que faire ? Pas de recette miracle, mais des actions salutaires franches et courageuses.
3. Agir – Le masla qui laisserait la cendre dormir sur les braises incandescentes ne fera ici que desservir la Nation. Les parents dont les enfants se séparent des autres, refusent d’apprendre à vivre ensemble, qu’elles soient voilées ou non, ne sont pas obligés les inscrire chez nous. L’inscription vaut acceptation. L’État lui-même, en père de famille soucieux de la vérité et de la paix devrait encourager toutes les parties à observer une telle mesure dans le service des intérêts supérieurs de la Nation.
François Ngor NDIAYE, citoyen sénégalais à part entière
Fidèle laïc de l’archidiocèse de Dakar
Maître es-sciences de l’éducation

La méthode JEC
Merci François pour cette belle et franche contribution, sur un problème qui en réalité n’en est pas une que par la volonté de ceux qui veulent nuire à l’église catholique.