« La synodalité, ferment d’une Église réconciliée avec elle-même », selon Emmanuel Diédhiou

Dans une intervention riche en réflexions théologiques et ecclésiologiques, Emmanuel Diédhiou, Administrateur Civil Principal et Vice-Président du CINPEC, souligne l’importance de la synodalité initiée par le pape François. Selon lui, ce processus vise à bâtir une Église synodale, ferment de communion, de participation et de mission, réconciliée avec elle-même. Faisant écho à l’appel des évêques de la Conférence épiscopale interterritoriale du Sénégal, de la Guinée Bissau, de la Mauritanie et des Iles du Cap-Vert pour un engagement accru des laïcs dans l’Eglise et dans la Société, Diédhiou insiste avec une plume éloquente sur la nécessité d’une véritable égalité entre tous les croyants, laïcs, clercs et consacrés, dans la mission universelle de l’Église. 

Alors que son pontificat connait des fortunes diversement appréciées, comparé à ceux de ses deux (02) prédécesseurs immédiats, qui présentaient des styles complémentaires, le pape François a séduit et rallié à sa cause des pans entiers de notre Eglise quand, en octobre 2021, et ce pour trois années successives, il convoqua un synode sur la synodalité.

Pour rappel, ce style de management dans l’Eglise universelle avait été systématisé par le saint Pape Paul VI, en 1965, au sortir de la grande révolution que constitue le Concile Vatican II et avait, chaque fois, donné lieu à des exhortations apostoliques d’une rare densité spirituelle et pastorale sur des thématiques comme la Famille, l’Eucharistie, l’Amazonie, l’Afrique.

Au fond, il s’agissait de définir, ensemble, par des consultations avisées, les voies et moyens ou plus exactement les modus operandi pour puiser à la source originelle de notre foi et découvrir, à frais nouveau, le vrai visage d’une Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique, par-delà les méandres de l’histoire et en dépit de la diversité des charismes de ses membres qui répondent finalement tous du même sacerdoce baptismal, pour être prêtre, prophète et roi.

Il n’y a pas à en rougir, l’Eglise est d’inspiration divine, et la diversité, de quelque ordre qu’on puisse l’appréhender, n’est ni une menace ni un frein à son plein déploiement ; elle est même le moteur de sa présence et de sa fécondité au cœur des cultures qui, objectivement, s’ouvrent à elle et s’approprient, quasi naturellement, le message d’amour, de justice, de paix et de réconciliation dont elle est porteuse.

Sous ce rapport, l’initiative du pape François ne se départit pas fondamentalement des autres synodes, mais l’on résiste mal à l’idée de trouver sa singularité dans la séquence temporelle considérée, mais plus encore dans ce qu’elle fédère, par le partage d’expériences, la réflexion prospective et l’écoute attentive de ce que l’Esprit dit aux Eglises particulières (Ap2/7), le peuple des fidèles, le collège épiscopal et l’Evêque de Rome pour bâtir une Eglise synodale qui soit ferment de communion, de participation et de mission.

Oui, ce qui est valable à l’échelle individuelle, comme dynamique de changement intérieure, pour une ouverture heureuse aux apports fécondants de l’extérieur, est encore plus pertinent pour l’Eglise quand elle s’interroge librement sur elle-même, sur ses modes de fonctionnement et sur la meilleure manière de prendre en charge sa mission dans le monde, par le témoignage, la solidarité, la liturgie, l’action caritative…

Ces passerelles aménagées pour le partage d’expériences, ailleurs appelées dynamiques collaboratives entre laïcs, clercs, consacrés, pasteurs Evêques ne sont plus facultatives ; elles s’imposent à tous comme la voie royale pour faire Eglise dans un monde où la déferlante sécularisante, sur fond d’anticléricalisme ambiant, s’accompagne, hélas, dans bien de nos Eglises particulières, d’un cléricalisme rampant, qui inhibe toutes initiatives pastorales parce que l’homme de Dieu, investi d’un décret divin, a cru bon de condenser entre ses mains tous les pouvoirs. Il y a à craindre que l’heure des laïcs sonne le glas du timonier de la sacristie !

Il est donc heureux que des initiatives synodales comme celle qui nous rassemble aujourd’hui nous aident à nous connecter de manière structurelle à cette dynamique de renouveau enclenché par le Synode dans la perspective d’une Eglise où chaque pierre vivante doit dorénavant compter. C’est cela, en définitive, le « chemin que Dieu attend de l’Eglise au 3e millénaire », selon la conviction même du pape François.

Du reste, c’est la vision prophétique qu’ont eue récemment nos Pères Evêques de la Conférence épiscopale interterritoriale du Sénégal, de la Guinée Bissau, de la Mauritanie et des Iles du Cap-Vert quand, dans une lettre aux interpellations diverses, ils invitaient les laïcs à plus d’engagement dans l’Eglise et dans la société.

Dans l’esprit du Concile, et comme pour faire écho à ce souci du Pape de voir une Eglise réconciliée avec elle-même, nos pasteurs attirent notre attention sur le fait que c’est toute l’Eglise, dans la diversité de ses membres, qui est apostolique ; chacun jouant le rôle qui est le sien, à des degrés différents de responsabilités.

Faut-il rappeler ici qu’en plein Concile Vatican II, il était apparu nécessaire de préciser, pour la bonne gouverne de tous, que l’objectif n’était pas de promouvoir les laïcs mais de réaffirmer et de réexprimer l’identité de l’Eglise comme totalité des croyants en Jésus-Christ.

Les laïcs ne sont ne sont plus définis, fort heureusement, par opposition aux clercs et autres religieux, puisque le Concile dit bien qu’il règne entre tous une véritable égalité. Les laïcs participent, au même titre que les clercs et consacrés, à la mission universelle de l’Eglise dont ils constituent numériquement le fer de lance.

C’est dire que les bases théologiques et ecclésiologiques d’une véritable synodalité sont jetées depuis toujours, et il nous revient, par l’écoute et le discernement, de saisir la portée de cet élan nouveau du marcher ensemble, qui doit insuffler dorénavant nos dynamiques communautaires, politiques, administratives, associatives, et non pas seulement ecclésiales. L’essentiel faut-il le rappeler à la suite de saint Irénée, c’est l’Homme debout, cet homme qui est la voie de l’Eglise.

Par : Emmanuel DIEDHIOU

Administrateur Civil Principal

Vice-Président du CINPEC

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