Le nouveau Vicaire Général du diocèse de Kolda, Abbé Séraphin-Raphaël Ntab, fait le point sur la mise en œuvre des orientations du premier synode diocésain, clôturé il y a près d’un an. Il évoque les défis de l’appropriation de cette démarche synodale par les communautés, ainsi que les fruits déjà visibles. Il explique également en quoi ce synode diocésain résonne avec le Synode sur la synodalité initié par le Pape François au niveau de l’Église universelle. Entretien.
Le nouveau Vicaire Général que vous êtes a été un acteur majeur du premier synode diocésain de Kolda, en tant que Secrétaire général. Où en êtes-vous dans la mise en application concrète de ses orientations ?
Après trois années d’expérience synodale, nous voici rendus à la phase de mise en application de ce qu’ensemble nous avons retenu, pour le présent et l’avenir de notre Église diocésaine encore en chantier. Des dispositions sont en train d’être mises en place afin de donner tout son sens au merveilleux chemin parcouru ensemble. Mais vous conviendrez avec moi que patience et persévérance sont de mise, si nous voulons bâtir sur le roc de l’Évangile qui, à l’issue de cette belle « aventure », nous appelle à la conversion permanente de nos personnes et de nos structures. En plus clair, il faut savoir donner du temps au temps. C’est dire que la première année de mise en œuvre de notre premier synode diocésain a été plutôt le lieu de relancer l’appareil synodal par une campagne d’information et de communication sur les résolutions synodales. Ce me paraît une façon prudente de poser les jalons d’un changement inéluctable. À cet effet, trois des quatre doyennés que compte le diocèse de Kolda ont été visités par l’Évêque et le Secrétaire Général du Bureau de la Pastorale d’ensemble que je suis devenu aux lendemains de notre synode. Il y a été question de reparcourir, à grands traits, les étapes de notre synode et d’en tirer les implications pour les prochaines décennies. À l’ouverture de l’année pastorale 2023-2024, un plan triennal d’action pastorale sera proposé à l’ensemble de la famille diocésaine, qui mettra un point d’honneur à donner une âme et des couleurs diocésaines aux nombreux fruits de notre marche en Église.
Comment les directives et orientations synodales sont-elles accueillies et reçues par les prêtres, les consacrés et les fidèles du diocèse ?
« Qui veut le changement ? Tout le monde ! Et qui veut changer ? Personne ! », charriait quelqu’un. Il va sans dire que, bien souvent, les changements rebutent pour plusieurs raisons. Lorsqu’on a eu clôturé un synode, quel qu’il soit, il faudrait se disposer à accueillir voire recueillir les lourdeurs liées à sa mise en pratique, parfois teintées d’indifférences et de réticences, les transformer en énergies positives et s’employer à aller plus loin avec le Christ, qui nous appelle à faire Église, c’est-à-dire à être Son Corps dans la diversité de ses membres que nous sommes. Est-il donc besoin de dire que le défi de l’appropriation des fruits de notre chemin synodal demeure, en marge de tous les beaux élans notés à ce propos ?
De quelle manière accompagnez-vous les communautés paroissiales pour qu’elles s’emparent de ces directives diocésaines ?
Nous misons beaucoup sur la communication (exposés en différentes langues, prospectus, vidéos, etc.) et l’implication des Curés et Administrateurs de paroisses appelés à être, en collaboration avec les fidèles laïcs et les religieux qui les assistent, les porte-étendards d’un tel projet d’Église. À ce sujet, nous nous réjouissons déjà de l’engouement suscité, chez plus d’un, à entrer chaque jour davantage dans l’esprit du synode.
Quels sont les fruits déjà visibles de la démarche synodale dans le diocèse, près d’un an après sa clôture ?
C’est sans naïveté que je puis dire, avec humilité et action de grâce au Seigneur, que les fruits de notre synode sont là. Oui. Qu’il suffise d’ouvrir les yeux pour s’en convaincre. Cependant, ils sont toujours à produire dans la mesure où, une fois clôturé, un synode se trouve désormais devant ceux et celles qui l’ont entrepris. Autrement dit, au-delà des satisfactions notées çà et là, c’est le moment de faire germer la semence enfouie en terre après trois belles années d’expérience intense de l’Église synonyme de synode, ainsi que l’affirme Saint Jean Chrysostome, Père de l’Église, donc témoin du Christ.
Ce processus synodal a-t-il généré une nouvelle dynamique entre les paroisses du diocèse ? Si oui, de quelle manière ?
Oui. L’on peut noter une belle dynamique dans ce sens ! À titre d’exemple, le doyenné de Sédhiou a organisé un camp vocationnel impliquant toutes les paroisses qui le constituent. Cela s’inscrit dans le droit -fil des orientations de notre synode qui voudraient créer davantage de lieux de rencontre entre les paroisses d’un même doyenné et, petit à petit, entre toutes les paroisses et structures du diocèse, pour une Église toujours plus synodale. En outre, la liste des prêtres et des laïcs en formation se prolonge, fruit des travaux de nos sessions synodales.
Quelles sont les prochaines étapes prévues pour continuer à faire vivre concrètement les orientations de votre synode diocésain ?
Dès octobre prochain, lorsque l’année pastorale aura été lancée, il sera dressé un agenda de visite de tous les doyennés du diocèse. L’Évêque, accompagné du Bureau de la Pastorale d’ensemble, reviendra sur des éléments essentiels de notre vivre-en-Église, qui seront approfondis par les responsables de paroisses et les fidèles laïcs en toute coresponsabilité. Ce m’est l’occasion de rappeler que l’Église est l’affaire de tous et non d’une poignée de personnes triées sur le volet et que tous, sans exception, y ont leur mot à dire.
Les Assemblées synodales démarrent la semaine prochaine au Vatican pour l’Église catholique. En quoi les conclusions de votre synode diocésain résonnent-elles avec les thématiques et l’esprit du Synode sur la synodalité initié par le Pape François ?
Sans prétention, nous nous sommes réjouis d’avoir vécu un synode dans un synode, le nôtre ayant précédé celui voulu par le Saint-Père François pour l’Église universelle. Et d’avoir dû travailler sur ces deux pôles nous aura permis de faire davantage l’expérience de l’universalité de l’Église et de nous convaincre qu’en réalité, il n’existe qu’un seul programme : le Christ, dont nous cherchons à être les témoins aussi bien au niveau local qu’universel. Le lien entre ces deux synodes est providentiellement intrinsèque.
Le Synode sur la synodalité met l’accent sur l’écoute et la participation de tous les baptisés. Votre démarche synodale diocésaine va-t-elle en ce sens ? Comment ?
Oui. L’une des orientations missionnaires de notre synode milite en faveur d’une Église d’écoute. Mais comment écouter s’il n’y a personne pour parler ? Et comment parler véritablement s’il n’y a personne pour nous écouter ? Ces deux questions, qui méritent d’être posées, ont occupé notre synode. Le défi reste d’être à l’écoute les uns des autres et de ce que l’Esprit Saint, auteur des énergies nouvelles, murmure à chaque baptisé, membre à part entière du Corps du Christ qu’est l’Église, qui se déploie jusque dans les terres les plus reculées du Fouladou, du Balantacounda et du Pakao, trois territoires qui constituent la colonne vertébrale du diocèse de Kolda.
Prévoyez-vous des initiatives particulières dans votre diocèse pour accompagner le Synode sur la synodalisé du Pape François ? Si oui, lesquelles ?
Oui. Un travail préalable avait déjà été fait dans la phase de consultation. Aujourd’hui, en collaboration avec le Secrétaire Général de la Conférence des Évêques, nommé Référent national pour le synode sur la synodalité, nous nous disposons à tirer le meilleur parti de ces travaux pour le bien de l’Église de Jésus-Christ au Sénégal et à Kolda, en particulier.
Fidespost
