Après les propos blasphématoires de l’iman Sall sur la foi et l’Église catholiques, le diocèse de Ziguinchor appelle « les leaders religieux des différentes confessions à veiller sur leur langage lorsqu’il s’agit de parler de l’autre ». Dans une déclaration conjointe face à la presse, le mardi 1er mars 2022, Abbé Samson Kantoussan, responsable de la Commission diocésaine du dialogue interreligieux, et Laurent Mendy, Président du Conseil diocésain du laïcat, ont aussi invité « les responsables des mass-médias à veiller au style et au continu des messages véhiculés, pour éviter les frustrations, les malentendus et les conflits entre les religions » et les leaders d’opinion ainsi que les autorités publiques à plus de vigilance. Ils ont par ailleurs tenu à exhorter « tous les sénégalais, chrétiens et musulmans, à la retenue, à la responsabilité dans la prise de parole pour préserver la bonne collaboration et la bonne cohabitation des religions qu’on a toujours reconnues à notre pays ».
Voici l’intégralité de leur déclaration :
Déclaration de la Commission Diocésaine du Dialogue interreligieux et du Conseil Diocésain du laïcat de Ziguinchor
suite aux propos de l’Imam Serigne Lamine SALL lors de l’émission
« Diiné ak diamano » sur Walfadjiri
Chers frères et sœurs en Christ,
Chers diocésains de Ziguinchor,
Chers amis musulmans sympathisants
Dans la vie d’une communauté ou d’une société il y a parfois des moments regretè§tables. Ces moments sont souvent causés par la nature de notre condition humaine, qui dans ses limites et ses imperfections offense Dieu et le prochain par ses actes et ses paroles.
Suite donc aux propos malvenus de Imam Serigne Lamine SALL, la commission diocésaine du dialogue interreligieux de Ziguinchor, unie au conseil diocésain du laïcat, veut porter ce message à l’endroit de tous les catholiques et des adeptes des autres religions musulmane comme traditionnelle qui ne cessent de nous manifester leur sympathie au nom de notre fraternité.
D’abord pour rappel des faits :
Lors de l’émission diné ak Diamano, sur le plateau de la télévision Walfadjri, du jeudi 24 Février 2022, l’iman Serigne Lamine SALL, a tenus les propos suivants :
« Quiconque peut entendre chaque dimanche des gens qui disent que Dieu à un Fils, ce sont les catholiques, ce ne sont pas des croyants (Juulit). Chaque dimanche, ils vivent dans ce Sénégal. La franc-maçonnerie est une religion, or il y a deux religions : l’islam et les mécréants. Si donc on peut accepter que des mécréants appellent à la prière chaque dimanche, et en aient le droit, on peut aussi accepter les francs-maçons car c’est pareil. »
Ces propos ont été accueillis par la communauté chrétienne catholique du Sénégal comme étant irrespectueux, injurieux et blasphématoire. Ils relèvent du manque de considération et de l’ignorance de celui qui les a prononcés vis) vis de la religion qu’il cherche à attaquer.
Au Sénégal, nous avons déjà connu de tels dérapages à l’égard de la communauté chrétienne.
C’est peut-être à cause de l’expression un peu trop abusée qui consiste à parler de la tolérance vis-à-vis de certaines religions au lieu de dialogue. L’esprit de tolérance bien entendu peut être tenté de violer le droit et le respect de l’autre à tout moment. Tandis que l’esprit de dialogue reconnais l’identité de l’autre et le considère comme une visa- vis. Tous les sénégalais doivent prendre conscience qu’aucune religion dans ce pays ne peut se prévaloir le droit de supériorité sur les autres.
Car si l’on continue à croire à la Tolérance comme vertu sociale régulant les rapports entre les religions au Sénégal au lieu du dialogue vrai et honnête, on pourrait dire que celui qui est toléré ne peut que prendre son mal en patience lorsque celui qui le tolère abuse de son droit ce qui ne pourra jamais favoriser une bonne entente.
Sur la base de ses considérations, l’Église Catholique au Sénégal continue :
- A affirmer son droit d’être et d’exister, elle le tient de sa propre nature et de la constitution du Sénégal qui se définit comme un pays laïc qui prône la liberté du culte.
- À maintenir sa place et pas la moindre dans la vie de la société sénégalaise qu’elle tient de tout temps de par son engagement dans tous les domaines de la vie : social, éducatif, sanitaire et de développement.
- À affirmer, conformément à sa mission d’évangélisation, les fondamentaux de sa foi, parmi lesquels « Jésus christ Fils de Dieu est vrai Dieu et vrai homme engendré, non pas créé de même nature que le Père.
- À présenter le mariage, œuvre de la volonté divine, comme étant une alliance entre un homme et une femme. Et non entre deux personnes de même sexe.
Au vu de cet abus de communication qui fait la une, l’église invite vivement :
- Tous les leaders d’opinion et les autorités étatiques à redoubler de vigilance pour préserver la bonne entente entre les religions dans ce pays, car la cohésion et la paix sociales en dépende en grande partie.
- Les responsables des mass-médias à veiller au style et au continu des messages véhiculés, pour éviter les frustrations, les malentendus et les conflits entre les religions.
- Les leaders religieux des différentes confessions à veiller sur leur langage lorsqu’il s’agit de parler de l’autre.
Face à cette situation qui prévaut :
L’Église invite enfin tous les sénégalais chrétiens et musulmans à la retenue, à la responsabilité dans la prise de parole pour préserver la bonne collaboration et la bonne cohabitation des religions qu’on a toujours reconnues à notre pays.
A Ziguinchor particulièrement, nous avons l’habitude d’évoquer des symboles forts de cette belle cohabitation qui va des maisons d’habitation ou musulmans et chrétiens partagent ensemble la vie au quotidien jusqu’au repos éternel au cimetière mixte de Santhiaba et de Kantène.
Que vive la bonne entente entre les religions pour une paix sociale durable au Sénégal.
Fait à Ziguinchor le 1er mars 2022
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