« Nous vivons dans un monde où l’on a tendance à mesurer la valeur d’une personne en fonction de sa richesse » (Abbé Édouard Pierre Ndong)

Homélie 3ᵉ dimanche du temps ordinaire (Année C)

« Le corps ne fait qu’un, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps. Il en est ainsi pour le Christ. C’est dans un unique Esprit, en effet, que nous tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés pour former un seul corps. Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit. »

Dans la deuxième lecture de ce dimanche, saint Paul s’appuie sur une fable d’Ésope, écrivain Grec qui a vécu entre le 7ᵉ et le 6ᵉ siècle avant Jésus-Christ, pour inviter les chrétiens de Corinthe à l’unité dans la diversité, basée sur le respect mutuel. C’est une fable qui s’appelle « La fable des membres et de l’estomac ».

Les membres d’un homme discutaient une fois entre eux parce que certains avaient l’impression d’être moins bien considérés que d’autres. Pendant cette dispute, les pieds et les mains se sont révoltés contre l’estomac parce qu’il se contente, disaient-ils, de manger et de boire ce que les autres membres lui fournissent. Il passe son temps à se reposer tandis que les autres travaillent. Il se contente de consommer le fruit de leur labeur. Les mains cultivent, les pieds font des courses, les dents coupent et mâchent la viande, etc. L’estomac lui, se contente de consommer. Les autres membres décidèrent alors de faire grève pour affamer l’estomac. Mais ils oubliaient une chose : si l’estomac meurt de faim, toutes les autres parties du corps mourront également. C’est comme scier une branche sur laquelle on est assis. Le corps est donc un tout et ses différentes parties ont besoin les unes des autres.

Saint Paul se sert de cette fable qui était bien connue dans le contexte culturel de l’époque, pour faire passer son message. Il a entendu parler des divisions et des rivalités au sein de la communauté chrétienne de Corinthe. Il souhaite leur faire comprendre que chacun a sa place et son rôle à jouer. Ils ont ainsi tous besoin les uns des autres. Tous sont membres de l’unique corps du Christ. Personne n’est plus membre qu’un autre. Il les invite alors à se respecter mutuellement.

L’étymologie latine du mot respect renvoie au regard. Nous pouvons parfois regarder sans voir. Respecter une personne, c’est la voir, c’est-à-dire, l’accueillir pleinement, telle qu’elle est, et non tel qu’on aimerait qu’elle soit. Quand ils se saluent le matin, les Zulu d’Afrique du Sud disent « sawubona » qui veut dire « je te vois ». Voir ici ce n’est pas tout simplement avec les yeux, mais surtout avec le cœur. Saluer une personne en lui disant « sawubona » c’est reconnaître sa dignité, sa valeur en tant que personne. Autrement dit, en saluant « sawubona » ils disent, je t’accueille tel que tu es. Combien de fois saluons-nous les personnes sans véritablement y mettre notre cœur. Il peut même arriver que nous saluons avec un sourire qui cache pourtant la rancœur que nous portons en nous envers cette personne.

De plus, nous vivons dans un monde où l’on a tendance à mesurer la valeur d’une personne en fonction de sa richesse, que cette richesse soit matérielle ou autre. Et nous basons généralement nos évaluations sur l’apparence. Si quelqu’un arrive habillé en lambeaux, on a tendance à ne pas lui prêter attention. On prête attention à celui qui se présente en véhicule, bien habillé ou présentant, en apparence, d’autres signes de richesse. Et pourtant, la valeur d’une personne ne dépend pas de ses richesses ou du rang qu’elle occupe dans la société ou dans une communauté. C’est pour cela que saint Paul dit aux corinthiens qu’il y a différents ministères dans l’Église et différents charismes, mais tous sont au service du même corps. Chacun a un rôle important à jouer pour le bien du corps tout entier. Il n’y a donc pas de raison de se jalouser.

Jésus est venu dans notre monde nous révéler notre dignité d’enfant de Dieu, le profond respect que Dieu a pour chacun d’entre nous. C’est cela aussi le sens des paroles du prophète Isaïe que Jésus reprend à son compte dans l’évangile de ce dimanche :

« L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. »

Jésus vient de ce fait faire acte de restauration, redonner à tous, notamment aux pauvres, aux captifs, aux aveugles et aux opprimés, leur dignité. Il vient leur donner le respect qui leur est dû. À chacun Jésus dit « sawubona » « je te vois », « Les autres ne te voient peut-être pas ou ils te regardent en fonction de leurs attentes, mais moi je te vois. Tu es précieux à mes yeux. »

Jean Vanier, fondateur des communautés de l’Arche, dit qu’aimer une personne, c’est lui révéler sa beauté.

« Aimer, ce n’est pas simplement faire quelque chose pour quelqu’un, mais c’est lui faire découvrir qu’il est unique, précieux et digne d’attention.  Cela peut s’exprimer par une présence douce et accueillante, par le regard, la qualité d’écoute, par la vérité de la parole et la bonté qu’elle exprime, par le ton de la voix… »

Jésus vient révéler à chacun d’entre nous que nous sommes précieux et dignes d’attention. Puissions-nous à notre tour, dans notre manière d’entrer en relation avec les autres, particulièrement les laissés-pour-compte autour de nous, leur dire par notre vie qu’ils sont précieux et dignes d’attention : « sawubona », « je te vois ».

Mbour, 23 janvier 2022

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