Homélie Baptême du Seigneur (Par Abbé Edouard Ndong)

Ce dimanche, nous célébrons le baptême du Seigneur. Cette célébration marque la fin du temps de Noël. 30 années de la vie de Jésus se sont écoulées depuis dimanche dernier. Les évangiles ne nous disent pas grand-chose au sujet de ces années. Nous savons qu’il y a eu la Présentation au Temple, la fuite en Égypte, puis le pèlerinage à Jérusalem à l’âge de 12 ans. Mais nous ne savons rien d’autre sur ces trois décennies. Le fait que rien ne soit dit sur ces années indique sans doute que Jésus devait être un enfant, puis un adolescent et un jeune adulte tout à fait ordinaire. Il a mené une vie tout à fait ordinaire comme chacun d’entre nous. Une vie faite de joie et de tristesse, de rires et de pleurs. Il a appris le métier de charpentier auprès de Joseph et s’est occupé de Marie après le décès de Joseph. Nous avons donc peu de certitudes sur la vie cachée de Jésus pendant ces trente années. Mais une chose semble sûre : pendant tout ce temps, il s’est préparé à débuter son ministère public. Son baptême marque le début de ce ministère.

Au sujet de ce baptême, les évangiles nous disent que le baptême de Jean était un baptême de conversion, visant le pardon des péchés. Si tel est le cas, pourquoi Jésus qui est sans péché a-t-il reçu ce baptême ? Jean le Baptiste doit lui avoir posé cette question parce que dans la version de Mathieu, on le voit perplexe. Il dit à Jésus : « C’est moi qui aie besoin d’être baptisé par toi, et pourtant tu viens à moi ! »

Pour répondre à cette question, il est important de noter que le baptême de Jésus suit la même logique que l’Incarnation. Il s’est fait homme parce qu’il a voulu être l’un de nous afin de nous mener à la plénitude de la vie même de Dieu. Ainsi, son baptême est un acte de solidarité envers l’humanité pécheresse. Bien qu’il soit sans péché, il descend dans les eaux du Jourdain pour nous dire que la miséricorde de son Père atteint chacun de nous là où nous sommes. Que pour son Père personne n’est jamais totalement perdu. Il n’y a, pour lui, pas de cas désespéré.

Son baptême est également pour Jésus le moment indiqué pour révéler son identité. La voix du Père se fait entendre des cieux : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »

Le Père redit sur nous ces mêmes paroles lors de notre baptême. Ainsi, en descendant dans les eaux du baptême, Jésus nous dévoile la beauté de notre vocation chrétienne : nous sommes fils et filles bien-aimé(e)s de Dieu.

Cette identité de fils et fille de Dieu comporte une responsabilité. Une histoire peut nous aider à comprendre un aspect essentiel de cette responsabilité.

C’est l’histoire d’un pasteur appelé Robert Fulghum qui prenait part à un séminaire en Grèce. Au dernier jour dudit séminaire, l’animateur demande aux participants si quelqu’un a une question. Dans un air de plaisanterie, Fulghum demande « Quel est le sens de la vie ? » Tous ceux qui sont présents éclatent de rires et sont sur le point de se lever pour partir puisque c’était la fin du séminaire. Mais l’animateur fait signe de la main pour demander un peu de silence et dit « Je vais répondre à ta question. » Il sort son portefeuille et en retire un petit miroir rond, de la taille d’une pièce de monnaie. Il dit ensuite ce qui suit : « Quand j’étais enfant, pendant la seconde guerre mondiale, nous étions pauvres et vivions dans un village reculé. Un jour, en marchant sur la route, j’ai trouvé les morceaux épars d’un miroir brisé. Une moto allemande avait fait un accident à cet endroit. J’ai essayé de trouver les différents morceaux pour reconstituer le miroir, mais cela s’est avéré impossible, alors j’ai gardé le morceau le plus gros, celui-ci. En le grattant sur une pierre, je l’ai rendu rond et j’ai commencé à m’amuser à l’utiliser pour refléter la lumière du soleil dans des coins sombres où le soleil ne brillait jamais. Je m’amusais à essayer de faire pénétrer la lumière dans les endroits les plus inaccessibles. J’ai gardé ce petit miroir et, dans mes moments d’oisiveté, je le sortais pour m’amuser. Devenu adulte, j’ai compris qu’il ne s’agissait pas tout simplement d’un jeu d’enfant, mais bien d’une métaphore de ce que je pouvais faire de ma vie. J’ai compris que je ne suis pas la lumière ou la source de la lumière. Mais la lumière, que ce soit la vérité ou la connaissance, est bien présente, mais ne brillera dans certains endroits sombres que si je la reflète. Je suis un fragment de miroir fait pour refléter la lumière dans les coins et recoins les plus sombres de ce monde, les coins et recoins sombres des cœurs humains, et changer quelque chose chez ne serait-ce que quelques-uns. Tel est le sens de ma vie. Tel est le sens de la vie. ».

Le Christ s’est fait homme pour apporter la lumière de Dieu dans l’obscurité de notre monde. À travers notre baptême, nous sommes appelés à devenir comme lui, des fils et filles bien-aimé(e)s de Dieu, c’est-à-dire, des petits miroirs qui reflètent sa lumière aux coins et recoins les plus sombres de notre monde, là où nous nous trouvons.

Est-ce que nous reflétons la lumière du Christ dans les obscurités que nous rencontrons ? Rendons-nous les autres meilleurs par le simple fait de notre présence dans leur vie ?

Demandons la grâce de prendre au sérieux notre vocation de baptisés en étant de véritables miroirs de la présence de Dieu dans le monde. Amen !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *