La prédominance du futur, notée dans les textes de l’Avent, n’est guère une banalité. En effet, si le futur est, dans sa définition la plus simple, un temps employé pour parler d’une action à venir, il y a fort à parier que ces textes recèlent un message d’espérance pour tous. Du latin « adventus », c’est-à-dire « ce ou celui qui doit venir », le mot « Avent » campe bien le décor de cette joyeuse espérance en la venue du Messie. Mais il convient de noter que cette venue passe par un chemin intérieur qui débouche sur l’extérieur. Autrement dit, le Messie viendra, d’abord, dans nos cœurs, avant de parcourir, ensuite, nos routes humaines pour rencontrer l’homme et tout homme, quels que soient son histoire, sa race, son âge, sa condition de vie, son rang social, et j’en oublie. C’est cela le message principal de l’Avent, qui, comme le carême, est aussi un temps de conversion.
Cette conversion touche aussi bien nos personnes que nos relations interpersonnelles, sans oublier notre relation à Dieu qu’un certain intimisme émaillé d’angélisme nous amène à penser comme étant notre propriété privée qui, ne parle qu’à nous, n’aime et ne regarde que nous, n’exauce que nos prières, n’est puissant et miséricordieux que pour nous, les autres n’étant ni plus ni moins que des pécheurs voués à la damnation, car pour eux il n’existe nulle possibilité de rémission.
Telle n’est pas notre foi qui nous enseigne qu’il existe pour chacun et chacune d’entre nous un chemin de retour à Dieu, un chemin de conversion aussi incisif et décisif que celui de Saint Paul en route vers Damas. Ô pécheur-ce peut-être moi ou un autre qui estime devoir se reconnaître comme tel-qui que tu sois et quel que soit ton péché, le Seigneur t’attend. Il te tend une main secourable pour te conduire vers la vie qu’il est. Ne lui résiste pas. Libère-toi de tout ce qui t’empêche de marcher vers lui et avance. Il t’appelle !
Aujourd’hui encore, le Seigneur, qui seul sonde les cœurs et les reins, nous invite à cultiver l’espérance, cette vertu que lui seul est capable de nous donner, et dont notre monde a tant besoin, au milieu de toutes ces raisons de désespérer qui nous accablent : la perte d’un être cher ou d’un emploi, le chômage, la déception amoureuse, la trahison, la maladie, l’échec, etc. Face à ces situations objectivement difficiles, le Seigneur nous invite encore à espérer en lui, le Dieu fidèle. Mais l’espérance suppose un acte de foi. D’où les questions fondamentales que voici: Comment croyons-nous ? En qui croyons-nous? Quelle est la profondeur et la maturité de notre foi? Sur quoi se fonde-t-elle vraiment ? Repose-t-elle sur le roc inébranlable qu’est le Christ, voie, vérité et vie, ou se laisse-t-elle fragiliser par le piège de l’émotionnel et du sentimentalisme qui nous poussent à agir et à discourir sans discerner, maintenant ainsi notre foi à fleur de peau et à l’eau de rose? Le Dieu de Jésus-Christ est-il au centre de nos vies ou nous sommes-nous fabriqués d’autres dieux, objets ou personnes ?
Les promesses faites par notre Seigneur, et dont les lectures du temps de l’Avent se font l’écho, peuvent se réaliser dans nos vies, si nous mettons un point d’honneur à assainir plus notre intérieur que notre extérieur, siège de toute forme d’hypocrisie et du culte des apparences qui nous enlisent et nous détournent de l’essentiel. Alors, il viendra, Celui qui doit venir, Jésus-Christ, le Messie, nous prendre par la main et nous libérer de nos multiples et diverses chaînes: idolâtrie, cupidité, corruption, mensonge, jalousie, méchanceté, calomnie, duplicité, autant de charges négatives qui nous tirent vers le bas et obscurcissent le chemin, déjà ardu, de notre espérance.
Jean le Baptiste continue de crier dans les déserts de nos vies, proclamant un baptême de conversion. Écoutons-le et préparons le chemin du Seigneur en rendant droits ses sentiers. Comblons tout ravin de rancune et de rancœur, abaissons toute montagne et toute colline d’orgueil et de vanité ; travaillons à rendre droits les passages tortueux de nos existences et aplanissons les chemins rocailleux de notre histoire ; alors, nous verrons le salut de Dieu que nous espérons tous ». Et ce salut, nous est déjà donné. Mais il s’inscrit dans la mystérieuse logique du « déjà » et du « pas encore » qui caractérise l’expérience chrétienne.
Que ce temps de l’Avent, temps favorable et temps d’espérance, soit pour nous un temps de conversion et de discernement humble et sincère, pour la gloire de Dieu et le salut du monde.
Seigneur, que nos cœurs se hâtent de préparer ta venue, toi qui es, qui étais, et qui viens encore dresser ta tente parmi nous, risquant tout par amour pour nous. Amen.
