L’Eglise dans sa mission évangélisatrice, comme le rappelle le Concile Vatican II, dans sa constitution pastorale au Numéro 4 :
a le devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Evangile, de telle sorte qu’elle puisse répondre, d’une manière adaptée à chaque génération, aux questions éternelles des hommes sur le sens de la vie présente et future et sur leurs relations réciproques. Il importe donc de connaître et de comprendre ce monde dans lequel nous vivons, ses attentes, ses aspirations, son caractère souvent dramatique[1].
En effet, il ne peut exister une évangélisation profonde et réelle, si l’Evangile n’entre pas en contact avec la culture et les cultures. Le terrain de la bonne nouvelle du salut, c’est l’homme situé et imprégné dans une culture. En quoi l’Evangile est-il une bonne nouvelle dans une culture. Evangile et culture s’allient t’ils toujours? Quels sont les contrastes de leur rapport ? Autrement-dit quels sont les défis de la rencontre entre la foi et la culture. Quels enjeux pour l’évangélisation de l’Afrique de nos jours ?
Notre étude a pour objet de montrer les rapports entre la foi et la culture et de dégager les enjeux théologiques et pastoraux qui en ressortent, dans la quête d’une foi enracinée, d’une évangélisation crédible et pertinente en contexte africain. Elle sera structurée en trois parties. La première consistera à faire une approche définitionnelle. La deuxième partie s’agira de montrer le rapport entre la foi et la culture et ses conséquences sur le plan anthropo-théologique. La dernière partie aura pour but de dégager des propositions pour un agir pastoral intelligent et pour une approche nouvelle de l’Evangélisation en terre africaine.
- Approche définitionnelle
Pour réfléchir sur un quelconque concept, il est important d’emblée de le définir pour savoir quelle est sa signification. La définition sera alors un balisage méthodique, nécessaire, qui nous conduira à l’objectif. Dès lors pour réfléchir sur la foi et la culture, nous commencerons par définir ces termes clés, qui constituent l’objet de la réflexion que nous voulons esquisser ici dans cet exercice de foi et d’intelligence. Qu’est est ce qu’alors la foi ? Qu’est-ce la culture ?
- La foi
Pour définir la foi, nous partirons de la définition du Catéchisme de l’Eglise Catholique aux numéros (151-152). Il la définit premièrement :
comme une adhésion personnelle de l’homme à Dieu ; est aussi en même temps et inséparablement, l’assentiment libre à toute la vérité qu’il a révélé(…) pour le chrétien, croire en Dieu, c’est inséparablement croire en celui qu’il a envoyé, ‘’son Fils bien-aimé ‘’ en qui Il a mis toute sa complaisance (cf.MC1,11). Jésus-Christ, vrai Dieu et né du vrai Dieu, est celui qui nous révèle Dieu : Nul n’a jamais vu le Père, le Fils unique qui est dans le sein du Père , Lui L’a fait connaitre ‘’Jn 1,18. Parce qu’il a vu le PèreJn1,46. Il est seul à le connaitre et à pouvoir le révélerMt11,27 [2].
Pour croire en Jésus, il nous faut nécessairement avoir part à son Esprit. C’est l’Esprit qui révèle aux hommes qui est Jésus. Car nul ne peut dire : Jésus est Seigneur que sous l’action de l’Esprit Saint. Nous croyons en l’Esprit, parce qu’il est Dieu, il procède de l’amour qu’il entretient avec le fils. L’Eglise ne cesse de confesser sa foi en seul Dieu, Père, Fils et Esprit saint. Pour un chrétien, la foi est une relation à Dieu dont il reçoit la parole. Elle est adhésion à un ensemble de vérités et suppose une connaissance ; elle est d’abord lien à Jésus Christ qui nous révèle Dieu. Croire en Dieu pour le chrétien, c‘est croire qu’il est le fondement même de son existence[3]
- La Culture
Le mot culture, du latin : cultura qui peut traduire : habiter, cultiver, lui-même vient de colere (cultiver et célébrer), suggère que la culture se réfère, en général à l’activité humaine. En philosophie, le mot culture désigne : « ce qui est différent de la nature, qui elle-même, désigne ce qu’elle est, son essence, le principe et le devenir d’une chose, l’ensemble du réel indépendant de la culture humaine [4]». En sociologie, comme en ethnologie, la culture est définie de façon plus étroite comme : « ce qui est commun a un groupe d’individus et comme ce qui le soude [5]», c’est-à-dire, ce qui est appris, transmis produit et inventé. De cette considération sociologique et ethnologique, on parlera alors de la pluralité des cultures.
Dans son sens large, la culture peut être aujourd’hui considérée comme : « l’ensemble des traits distinctifs spirituels, matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe outre les arts, les lettres, les sciences, les modes de vie, les lois et les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances [6]».
Le Magistère de l’Eglise Catholique, à travers sa constitution pastorale Gaudium et Spes entend par le mot culture :
tout ce par quoi l’homme affine et développe les multiples capacités de son esprit et de son corps ;s’efforce de soumettre l’univers par la connaissance et le travail, humanisé la vie sociale, aussi bien la famille que l’ensemble de la vie civile, grâce au progrès des mœurs et institutions, traduit communique et conserve enfin dans ses œuvres, au cours des temps, les grandes expériences et les aspirations majeures de l’homme, afin qu’elles servent au progrès d’un grand nombre et même de tout le genre humain[7].
Par ailleurs, il est important de souligner que la culture n’est pas statique, figée en soi. Pour un certain nombre de sujets, lorsqu’on parle de culture, ils imaginent et renvoient au passé, celle-ci est par contre dynamique. Elle est, ce par quoi l’homme développe et crée pour habiter et posséder son monde et son environnement dans lequel il se trouve. Par exemple en Afrique, lorsque nous parlons de la culture aujourd’hui, on ne peut pas, ne pas mentionner : la démocratie, la liberté d’expression, la lutte pour la libération, la corruption, les fêtes à grand pompe, la musique, la dance, le football, le chômage, la technologie, les réseaux sociaux et médias, migrations etc…
Un problème de compréhension se situe aussi entre le mot culture et le mot tradition. La culture en effet, englobe la tradition ; celle -ci n’est qu’un facteur de la première. La tradition, du latin tradere (transmettre): est un ensemble de notions, de pratiques, doctrines relatives au passé, transmises de génération en génération. Elle est d’une importance majeure pour la vie de l’homme, en ce sens qu’elle la rythme et l’aide à construire son identité, qui a pour objectif sa sécurité.
- Foi et Inculturation
- Rapport foi et culture
Il existe un lien intrinsèquement inséparable entre la foi et la culture. Le don de la foi n’est pas errant, mais destiné à s’incarner dans un terreau : le cœur de l’homme situé dans une culture déterminée. La révélation de Dieu s’est opérée et accomplie dans l’histoire dans une culture d’un peuple singulier. C’est la conviction pour laquelle il est affirmé que : « l’Incarnation du Verbe fut aussi une incarnation culturelle [8]». Le Verbe chair n’est autre que celui qui illumine tout homme. Cette découverte à propos de Dieu implique non seulement une nouvelle compréhension de l’homme, mais une radicale transformation de ce dernier. Toute l’histoire de la Révélation chrétienne est une histoire de rencontre dans la foi, entre le Dieu qui se révèle et l’homme en qui Il se révèle. En fait, c’est un dialogue qui s’effectue dans le temps chronologique aussi bien « kairologique » , qui s’établit constamment au cours de l’histoire du salut, entre le donné révélé et le donné culturel.
L’Ancien Testament est né déjà dans un monde qui avait donné naissance à de grandes cultures et il a grandi en relation avec elles. Les plus grandes institutions en Israël (par ex : la circoncision, le sacrifice du printemps, le repos du sabbat, ne lui sont pas spécifiques. Il les a empruntés aux peuples voisins[9]. Cependant le peuple de la Bible a fait subir à ces emprunts de profonds changements quand il les a incorporés à sa foi et à sa pratique religieuse. Il les a fait passer au crible de la foi au Dieu personnel d’Abraham, libre créateur et sage ordonnateur de l’univers, en qui le péché et la mort ne sauraient trouver leur source. C’est la rencontre de ce Dieu vécu dans l’Alliance qui permet à l’homme et à la femme comme des êtres personnels et de rejeter en conséquence les comportements inhumains inhérents aux cultures. Les auteurs bibliques ont utilisé et à la fois transformé les cultures de leurs temps pour narrer, à travers l’histoire d’un peuple, l’action salvifique que Dieu fera culminer en J.C pour unir les peuples de toutes les cultures, appelés à former un seul corps dans le Christ. Dans l’Ancien Testament, des cultures fondues et transformées sont mises au service de la Révélation du Dieu d’Abraham, vécues dans l’Alliance et consignées dans l’Ecriture.
Dans le Nouveau Testament, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, plus profondément révélé et manifesté dans la plénitude de l’Esprit, invite les cultures à se laisser transformer par la vie, l’enseignement, la mort et la résurrection de J.C. En effet, il faut l’affirmer encore que : « le Christ lui-même, par son incarnation, s’est lié aux conditions sociales et culturelles déterminés des hommes avec lesquels il a vécu [10]».Tout le livre des Actes des Apôtres se présente comme un récit historico- narratif de l’expérience de la foi en la résurrection de Jésus-Christ, vécue dans des contextes socio-culturels divers, qu’il a façonné (Jérusalem, Samarie, milieux païens etc.). Il nous présente le christianisme comme une religion de sortie, de rencontre, de dialogue avec d’autres peuples, basée sur le respect et la charité fraternelle, sous l’inspiration du Saint Esprit protagoniste de la mission et de l’annonce du Salut. (Ac 8,14 ; Ac10, 25 ; Ac 17,16-23)
C’est pour cela , l’Eglise pour annoncer le Christ au monde s’exige indispensablement à s’incorporer dans les cultures. L’histoire de la patristique et même celle de l’Eglise, nous rappellent que beaucoup de nos vocabulaires chrétiens, des rites et gestes se sont inspirés des milieux juifs et des cultures païennes, pour ainsi dire, qu’il est la résultante de la rencontre entre l’Evangile et les cultures. Le Concile Vatican souligne que :
Entre le message de salut et la culture, il y a de multiples liens. Car Dieu, en se révélant à son peuple jusqu’à sa pleine manifestation dans son Fils incarné, a parlé selon des types de culture propres à chaque époque. De la même façon, l’Eglise, qui a connu au cours des temps des conditions d’existence variées, a utilisé les ressources des diverses cultures pour répandre et exposer par sa prédication le message du Christ à toutes les nations, pour mieux le découvrir et mieux l’approfondir, pour l’exprimer plus parfaitement dans la célébration liturgique comme dans la vie multiforme de la communauté des fidèles [11]
Au cours des temps modernes, l‘Eglise à travers le Concile Vatican II (1962-1965) a accordé une importance capitale au thème de la foi et de la culture, car cela s’est avéré comme une nécessité qui mérite une réflexion profonde, considérant l’enjeu de la culture pour l’Evangélisation des peuples. Il a alors longuement consacré une étude sur les rapports entre foi et culture. Le Décret sur l’activité missionnaire de l’Eglise Ad Gentes et la déclaration sur les religions non chrétiennes Nostra Aetatae reprennent certaines de ses orientations. Deux synodes ordinaires ont traité expressément de l’évangélisation des cultures : celui de 1974 consacrée à l’évangélisation et celui de 1977 consacré à la formation catéchétique. Le synode de 1985, qui célébrait le 20 anniversaire de la clôture du Vatican II a parlé de l’inculturation comme « l’intime transformation des authentiques valeurs culturelles par leur intégration dans le Christ, dans les diverses cultures humaines [12]».
Mesurant l’ampleur de cette thématique et l’urgence d’y réfléchir minutieusement, le Pape Jean Paul II, pendant sa fonction pétrinienne a décidé de créer un organisme curial spécialisé : le conseil pontifical pour la culture. Car il pense que le dialogue de l’Eglise et des cultures revêt une importance vitale, à ses yeux pour l’avenir de l’Eglise et du Monde. Autrement-dit si l’Eglise de notre temps, veut une évangélisation en profondeur et réelle des hommes, Elle ne peut pas seulement se limiter à la surface des eaux de l’océan qu’est la culture, mais en plongeant et en s’immergeant dans les eaux profondes de cet océan, pour y faire émerger les espèces et les êtres à la découverte et au contact avec la vérité et la lumière qu’apporte l’Evangile aux nations. Ainsi la Bonne Nouvelle du Christ :
rénove constamment la vie et la culture de l’homme déchu; elle combat et écarte les erreurs et les maux qui proviennent de la séduction permanente du péché. Elle ne cesse de purifier et d’élever la moralité des peuples. Par les richesses d’en-haut, elle féconde comme de l’intérieur les qualités spirituelles et les dons propres à chaque peuple et à chaque âge, elle les fortifie, les parfait et les restaure dans le Christ. Ainsi l’Eglise, en remplissant sa propre mission, concourt déjà, par là même, à l’œuvre civilisatrice et elle y pousse; son action, même liturgique, contribue à former la liberté intérieure de l’homme »[13].
- Défis de l’inculturation
Des questions nouvelles ont surgi en notre temps. Comment les jeunes Eglises, nées dans un siècle d’indigénisation, des communautés déjà existées, doivent-elles considérer et leur passé chrétien et leur histoire culturelle de leurs peuples respectifs ? Comment enfin, l’Evangile doit animer, purifier et fortifier le monde nouveau où nous ont fait entrer notamment l’industrialisation, la modernisation et la technologie? Ces interrogations s’imposent évidemment sur ceux qui s’attachent à réfléchir sur l’inculturation de la foi.
Il sied de rappeler brièvement que le débat sur l’inculturation de la foi en Afrique est né dans un contexte de revendication, provoqué par un passé historique du peuple africain, qui a subi le drame anthologique de la traite Atlantique, de la colonisation et de la néo-colonisation, qui perdure de nos jours à travers ses multiples facettes et modes d’opérations. La première évangélisation en Afrique fut baignée et colorée dans ce contexte, au point qu’elle a semblé brouiller les yeux des africains sur le message évangélique, par ailleurs a drainé certaines lacunes d’impertinence et d’incrédibilité.
C’est alors que des intellectuels africains vont poser à l’ordre du jour le débat sur l’inculturation de la foi en contexte africain. Comment africain vivre sa foi en tant que africain ? En quoi l’Evangile est une bonne nouvelle face aux questionnements que le continent africain se pose, par rapports à leurs situations existentielles et aux valeurs culturelles : quête de libération, d’identité, la maladie, la pauvreté, la famine, l’état de droit, les droits humains, l’univers invisible etc…
La parution du livre collectif intitulé : les prêtres noirs s’interrogent, sous l’impulsion de l’intellectuel sénégalais Alioune Diop, sera le point de départ de l’aventure de la prise en compte de notre propre Evangélisation. Par la suite, se posera un autre débat sur la contribution africaine à la théologie ou bien la théologie africaine.
Pour certains théologiens africains, en particulier le théologien camerounais Jean-Marc ELA pense que:
le mystère chrétien vécu à l’occidentale peut désorienter l’africain dans sa relation à Dieu, à ses frères et à l’univers. Quelque chose de l’Eglise se cherche là où la foi assume les valeurs africaines de communion et de solidarité pour les vivre avec leurs conditions et leurs implications concrètes, dans le sens d’une fraternité élargie qui a impact sur l’état de santé des relations humaines [14]».
Dans la même perspective, toute action pour construire nos Eglises déclarent les évêques africains et malgaches :
doit s’opérer en référence constante à la vie des communautés. C’est à partir à partir des communautés que nous apporterons au rendez-vous de la catholicité non seulement nos expériences culturelles et artistiques(…) mais une pensée propre qui s’efforce de répondre aux questions posées par nos diverses contextes historiques et par l’évolution de nos sociétés [15]».
En Casamance, au sud du Sénégal, dans le diocèse de Ziguinchor, à l’issue du synode diocésain organisé entre 2017 et 2018, sous l’impulsion de l’ordinaire du lieu, le diocèse s’est investi de façon officielle à accompagner les futurs initiés aux cérémonies traditionnelles de l’ethnie diola appelées le « bukut ». En fait, Le « bukut » est une grande cérémonie traditionnelle chez l’ethnie diola, qui se célèbre tous les 30 ans ou 40 plus ou moins, cela varie selon les organisations et coutumes propres d’un village à un autre. Il est un grand rendez-vous culturel et traditionnel qui regroupe des hommes et des femmes, resserre les liens de fraternité et de solidarité et forge les identités. Les futurs initiés qui entrent dans le « bois sacré », c’est-à-dire, le lieu d’initiation » sont instruits à l’endurance de la vie, aux valeurs propres de leurs traditions et cultures, mais aussi universelles. Il compose entre autre dans sa forme structurelle: Le cultuel, le culturel, l’anthropologie, la morale, l’éthique, l’axiologie, l’art, la cosmologie etc. vu l’ampleur et la considération qu’il occupe dans le cœur de ce peuple où y participent bons nombres de chrétiens baptisés a interpellé cette Eglise locale. Le Synode diocésain, de cette église locale assume cette question et parle de : « l’initiation traditionnelle comme une étape de la vie très importante dans plusieurs cultures de l’espace pastorale du diocèse. Elles concernent plusieurs ethnies qui la considèrent comme un rite de passage à l’âge adulte. Beaucoup de chrétiens y participent, ce qui nécessite de leur part un bon discernement »[16].
Le diocèse de Ziguinchor a pris donc l’initiative de les accompagner dans leur croissance humaine et spirituelle, en les préparant avant, pendant et après. Dans le « bukut » de Nyassia, qui a lieu le 16 août 2021, a connu le « bois sacré » des initiés de la religion catholique, séparé de celui des animistes, en conformité de l’orientions édictée dans le cahier du synode diocésain qui stipule qu’ :
une équipe composée de pasteurs et de chrétiens initiés les aidera à vivre chrétiennement cette si importante de la vie prières chrétiennes durant toute la période de l’initiation ; conférence interactive sur les bienfaits de l’initiation traditionnelle ; tout en se préservant de tout culte animiste et en respectant ce qui doit être de l’ordre du secret pour les initiés [17].
Des prêtres étaient au cœur de l’événement par leur proximité pastorale à veiller sur leurs ouailles les aidant à vivre cette étape si importante de leur existence en les orientant vers le Christ le seul et vrai initiateur qui nous conduit au mystère de Dieu. Il convient ici de saluer l’audace et l’initiative pastorale de cette Eglise locale, qui a osé assumer ces questions d’ordre pastorale, qui sont d’ailleurs, celles de beaucoup de diocèses confrontés aux défis des traditions culturelles de leurs localités. Car, la foi vécue en milieu africain serait une mystification dangereuse si l’Eglise devait refermer sur elle-même, ne tenant pas compte des questions issues du réel africain. Ainsi, Seul le dialogue peut permettre d’enraciner progressivement les valeurs de l’initiation traditionnelle à la foi chrétienne[18].
Cependant, vu le contexte dans lequel a émergé la question de l’inculturation de la foi, et considérant l’évolution historique de la société et de la culture africaine, l’inculturation ne saurait être vu comme le moyen d’une quête d’un christianisme original. Puisque le christianisme tel que nous l’avons reçu, porte déjà les empreintes de la culture de l’Evangélisateur. L’inculturation consistera alors, en une démarche d’appropriation et de relecture toujours permanente et innovante de cet héritage chrétien reçu ; en confrontant l’évangile avec les phénomènes et les contingences socio-culturels du continent, pour mieux incarner notre foi en l’évangile dans le contexte qui est le nôtre.
Par ailleurs, l’inculturation ne saurait signifier seulement, évangéliser le passé culturel africain et les traditions ancestrales. De même, la culture africaine ne saurait également être réduite à la dance et la musique. Quelle est la culture africaine d’aujourd’hui ? L’erreur dans cette tâche d’inculturation, c’est lorsqu’on évoque le mot culture, d’avoir la tendance de se référer au passé. Or nous savons que la culture est évolutive. Elle marque une évolution dans le temps et dans l’histoire, l’expérience des hommes et des femmes. De ce fait, penser l’inculturation de la foi en Afrique aujourd’hui, en se référant au passé uniquement, peut nous prendre dans ses pièges. Aujourd’hui en Afrique nous ne pouvons pas aborder ce thème d’inculturation sans évoquer les notions telles que : la mondialisation, l’urbanisation, l’industrialisation, la révolution technologique et numérique, le concept politique-développement, la santé, les médias etc… Puisque ce sont les traits fonciers de notre ère culturelle.
En plus, dans l’effort de la reconquête de son identité et de sa dignité affaiblies par son passé historique, dans sa lutte de libération et d’émergence socio-économique, il convient de soutenir qu’annoncer aujourd’hui l’Evangile ne saurait seulement se limiter dans une perspective eschatologique, mais leur signifier que l’Evangile est libération qui assume les conditions qui sont les leurs.
On ne peut plus leur annoncer les réalités célestes, en relativisant les réalités terrestres dans une complaisance religieuse, dans une spiritualité ou dans une vie dévote désincarnée. Car, la communauté est faite non seulement pour chanter pour chanter et prier, mais aussi pour se faire solidaire en tout, ainsi pour assurer le salut de chacun[19]. Le Verbe de Dieu, du Trône de sa sagesse et de sa gloire, a voulu se faire chair, et il a demeuré parmi nous, il a partagé notre condition d’homme et de vie, excepté le péché, il a mené la lutte pour la libération des âmes jusqu’à la croix. La croix est le signe par lequel il faut relire le drame du peuple africain confronté au problème du mal et de la souffrance, lies aux dominations des classes politiques et des puissances occidentales, aux forces du mal, aux guerres fratricides, à la faim, à l’exploitation sauvage et insolente de nos ressources naturelles .
Rappelons tout simplement aussi que le christianisme s’est implanté en Afrique dans une situation déterminante où les convertis avaient la Bible dans les mains tandis qu’ils étaient dépouillés. ELA soulignait que « le salut annoncé par les missionnaires n’était entrevu que dans la perspective d’une religion de l’au-delà [20]». Or le salut que Dieu nous donne est intégral, il assume la totalité de l’homme ici-bas et sa vie de l’au-delà. Pour cela, il nous incombe tous l’engagement de la foi, dans une tension eschatologique, à tirer l’homme de sa situation infrahumaine à une situation supra-humaine, de la condition inhumaine où il se trouve à une condition plus humaine. L’inculturation de la foi comme le pensait Mgr Jean ZOA : « passe par l’engagement pour le développement, la lutte contre la pauvreté et la misère, par l’affirmation de la justice [21]». Il ajoutait ainsi en ses propres termes :
comprenons le, notre Dieu est le Dieu des responsabilités. il n’est pas le Dieu des peurs irrationnelles, génératrices de haines et de méfiances fratricides dans nos villages et nos quartier. Notre foi en Dieu personnel, unique et tout-puissant et père libérera dans les communautés ces énergies créatrices qui feront des chrétiens militants et des promoteurs convaincus d’un développement solidaire, recherchant la montée collective de tous dans une saine émulation[22].
Annoncer l’Evangile aujourd’hui dans notre terroir, ne peut se détourner des difficultés de notre jeunesse africaine, désemparée dans le désert sahélien, où la méditerranée est devenue un lieu de repos à jamais pour cette jeunesse, enterrant avec eux les potentiels et l’avenir du continent. La révolution technologique, à travers les réseaux sociaux présentant tant de mal que de bien font la hantise de la conscience psychologique de notre société, provoquant une ménopause prématurée de la réflexion rationnelle et du discernement chez bons d’hommes et de femmes : tout s’affiche, tout se dévoile, tout se communique tout se publie, plus que l’essentiellement instruisant et édifiant.
Dans les milieux ruraux, beaucoup d’autochtones sont confrontés à des litiges fonciers, sur leur propre sol avec les communes, sans équité et sans pitié, envers ces hommes qui ont leur terre pour survivre. Des ressources hypothéquées par une classe élitique, des rêves et le destin des peuples compromis, au point que certains concitoyens tombent dans le fatalisme, s’imaginant que le développement de notre continent ne serait pas de notre siècle. Cela est en grande partie, la résultante, de la politique d’oppression et de domination de ceux qui nous gouvernent. Comment exprimer notre appartenance à Dieu dans un continent qui ne s’appartient pas lui-même ? Devons-nous laisser enfermer dans l’univers religieux à trois dimensions qui sont le péché, les sacrements et la grâce, au moment où sous-couvert de coopération, des groupes économiques et financiers se disputent librement les terres et les plages, les mines de bauxites et de cuivre, le diamant, le commerce, le tourisme, sans oublier l’uranium et le pétrole et bien-sur la conscience du peuple africain ?
De plus, dans un continent où la maladie demeure une préoccupation réelle de l’être africain, où l’univers invisible suscite toujours son étonnement, où les forces du mal habitent les esprits et provoque la psychose et la peur dans leur quotidienneté. Comment se fait-il que le ministère de guérison n’a pas d’ampleurs dans nos Eglises, réservé exclusivement à un petit groupe de prêtre d’exorcistes. Ne faudrait-il pas revaloriser ce ministère tant important dans notre apostolat, en n’y intégrant les personnes de ressources de nos paroisses : médecin, infirmier, psychologue, personne du renouveau charismatique, légionnaire de marie, valorisant ainsi la théologie des charismes que le Saint Esprit nous insuffle et à la laquelle nous invite l’Eglise de Vatican II.
Beaucoup de prêtres, immergés par les sollicitations du monde souffrant, se versent dans la clandestinité pour pratiquer la prière de guérison et de libération, car n’ayant pas l’autorisation de leur évêques, occasionnant pour certains, à la dérive et à la mercantilisassions des sacramentaux. Ainsi, les préoccupations pour lesquelles les chrétiens vont consulter les devins ou les marabouts interpellent nos Eglises. Selon le sociologue théologien ELA, nous devons nous interroger sur la manière d’être chrétiens dans ces quartiers et ville où le guérisseur et le marabout jouent un rôle considérable dans la vie des populations locales.
Aujourd’hui avec la prolifération et l’expansion des Nouveaux mouvements religieux, beaucoup de catholiques désertent l ‘Eglise pour fréquenter ces groupes et sectes religieux, à la quête de sécurité et de fraternité. Au Sénégal avec la majorité musulmane et l’existence des confréries musulmanes, on n’imaginait pas que ces églises de réveil prendrait de l’ampleur, aujourd’hui, mais elles gagnent du terrain, jusqu’au Sud du Sénégal, en Gambie et en Guinée-Bissau. En milieu africain, l’Eglise ne devrait pas prendre Jésus-Christ au mot en son Evangile, en mettant au profit le pouvoir qui lui été donné d’imposer les mains et de guérir les malades (Mt16, 8). Il semble urgent de revaloriser ce ministère de guérison dans les situations où l’Africain désemparé est en quête de paix et de sécurité. En définitive, c’est la Bible elle-même que nous devons relire à partir de la relation de l’Africain à l’invisible afin d’assumer l’univers de la maladie et de la guérison pour y apparaitre la force et le salut inhérent à l’Evangile [23] .Dans ce sens Hegba rappelait que les chrétiens ne sont pas démunis devant les forces occultes. Il leur est possible de « se faire, sous l’Egide de Jésus-Christ, les champions de la lutte contre les forces du mal par la prière et l’exorcisme[24] ». Dans un monde où les africains sont confrontés aux force de l’invisible, l’Eglise doit trouver une manière adéquate à proclamer la primauté du Christ. Si Jésus est la source de toute vie, cela doit se manifester d’une façon à une autre. Nous soutenons l’idée selon laquelle : « pour être crédible, notre annonce évangélique doit s’enraciner là où l’homme souffre, lutte, discute et se débats avec les forces du mal en Afrique[25] ». Nous trouvons ici la nécessité d’une théologie de libération.
Par ailleurs, de tout ce que nous avons abordé sur le défi de l’inculturation de la foi, il est important de souligner que dans l’inculturation de l’Evangile, plus que les débats et réflexions, on doit aussi privilégier la conversion radicale à laquelle l’évangile nous invite. Elle demande à renoncer à ce qui n’est pas conforme à la foi chrétienne. Car comme le souligne Mgr ZOA : « Jésus reste, pour toutes cultures, la nouveauté absolue, comme un fil à plomb qui nous permet de vérifier et rectifier nos échelles de valeurs [26]». Ainsi l’Evangile transcende toutes les cultures :
nul ne peut oublier que dès l’origine, l’évangile a été scandale pour les juifs et païens. L’inculturation qui emprunte la voie du dialogue entre les religions et cultures ne saurait en aucune manière donner des gages au syncrétisme. Si de grand en effet doive être le respect pour ce qui est vrai et saint dans l’héritage culture d’un peuple, cette attitude ne demande pourtant pas de prêter un caractère absolu à cet héritage culture[27].
- Propositions et perspectives pastorales
- Nouvelle Evangélisation, nouvelle Approche
Evangéliser l’Afrique, c’est permettre à Dieu de nous parler dans notre langue, c’est nous permettre aussi de lui répondre. Dans ce sens la Bible n’est rien d’autre que la parole de Dieu s’adressant aux africains dans leur situation concrète, comme ce fut pour les grecs, les romains, les peuples du moyen-âge et ceux du temps moderne. Le christianisme disait le père Engelberg MVENG doit tenir compte de toutes les valeurs culturelles et traditionnelles qui composent son substrat culturel.il faut convertir et évangéliser notre mémoire historique, symbolique et culturelle. Une nouvelle mise en perspective du travail théologique en Afrique, c’est la mémoire d’un peuple qui se souvient de ses origines et de son évolution historique. Il faut retrouver la vie du peuple à travers sa créativité sociale et symbolique, là où les gens créent leur langage à partir de leur confrontation avec le réel et le quotidien[28].
L ‘inculturation de l’Evangile dans les sociétés modernes exigera un effort méthodique de recherche et d’actions concertées chez les responsables de l’évangélisation. Cet effort supposera premièrement « une attitude d’accueil et de discernement critique, deuxièmement la capacité de percevoir les attentes spirituelles et les aspirations humaines de nouvelles cultures en vue d’une rencontre effective avec le monde[29] ». Une attitude d’accueil est requise, en effet chez qui veut comprendre et évangéliser le monde. Le Concile Vatican II a pris une vive conscience des conditions dans lesquelles, elle doit exercer sa mission, et c’est dans les cultures que se construira l’Eglise de demain. Le Pape PIE XII souligne qu’il faut : Faciliter l’intime compréhension et le respect des civilisations les plus variées et en rendre les valeurs spirituelles fécondes pour une vivante et vivifiante prédication de l’Evangile du Christ. Tout ce qui dans ces usages et coutumes, n’est pas indissolublement à des erreurs religieuses sera examiné avec bienveillance quand ce sera possible, protégé et encouragé[30]
La tâche d’inculturation demande une bonne maitrise de la culture et de bons acquis de la doctrine chrétienne en général, et la mise en œuvre d’une véritable fonction critique inhérente à la foi. Autrement, on risquera pour certaines situations pastorales, au nom de l’inculturation de proposer des diversions ritualistes et magiques au peuple de Dieu. La connaissance de sa culture et de sa religion est fondamentale, pour instruire le peuple chrétien, autrement on risque de tout spiritualiser sans intelligence ou de faire des adaptions non fondées sans orthodoxie. C’est la raison pour laquelle, lors du 48ième Assemblée générale des prêtres Béninois qui avait pour thème : l’inculturation de l’Evangile : quelle catéchèse pour aujourd’hui ? Monseigneur NKOUE invitait les prêtres à la retenue, à la prudence et l’impartialité dans les prises de parole. Les évêques Béninois tenaient à ce que leurs prédications s’en tiennent dans la parole de Dieu. Mgr NKOUE disait : « tant que la foi ne va pas éclairer, purifier nos cultures, nous continuerons par vivre dans un syncrétisme absurde [31]». Par conséquent, si nous voulons évangéliser réellement, nous devrons accepter la confrontation la foi avec les questions journalières, et dialoguer l’évangile avec les cultures et traditions.
- Essai pour un nouveau regard pastoral
Quelle approche nouvelle pour l’évangélisation en profondeur des cultures ? En voici quelques propositions qui en notre avis semblent nécessaires :
- Mettre en exergue la fonction prophétique de l’Eglise, intervenir avec sagesse et diligence, là où le peuple souffre et réclame notre présence et attend avec espérance nos voix. Ne pas intervenir au moment où le mal a atteint son paroxysme dans les cœurs des citoyens.
- Refuser de se considérer comme une église locale triomphaliste, qui présente aux yeux des hommes, ses aspects positifs, ses exploits pastoraux, (ses nombres de vocations , de baptêmes et de mariage), mais tout en refusant de voir en face ses échecs, ses défis et ses torpeurs sur le plan pastoral et celui du témoignage évangélique.
- Création de commissions diocésaines et nationales sur le dialogue en foi et culture. Favorisant au sein de ses commissions l’interdisciplinarité et la collaboration franche, sans hostilité et méfiance, entre les laïcs, les pasteurs sur le terrain, les théologiens et les évêques sur les questions que se posent les hommes et les femmes de notre temps. L’inculturation de l’Evangile dans les sociétés modernes exigera un effort méthodique de recherche et d’actions concertées. Chez les responsables de l’évangélisation, cet effort supposera premièrement une attitude d’accueil et de discernement critique, deuxièmement la capacité de percevoir les attentes spirituelles et les aspirations humaines des nouvelles cultures et troisièmement l’aptitude à l’analyse culturelle en vue d’une rencontre effective avec le monde moderne[32].
- Encourager et valoriser les monographies qui se rédigent dans les grands séminaires par les étudiants, qu’elles servent de données et de matières à ces commissions citées.
- Former les laïcs à la foi et à la rationalité, par la dispensation des cours du soir dans les paroisses ou au niveau des diocèses. Une pastorale d’intelligence qui prend en considération l’importance d’assumer les réflexes d’intelligence, de la raison et de la rationalité. Sans oublier l’appel au devoir vital et non facultatif d’accepter et d’affronter les défis de la modernité et ses exigences[33]
- Passer de la catéchèse pour les sacrements à la catéchèse pour la vie, pour les groupes, mouvements et communautés ecclésiales de bases. Enseigner la parole de Dieu et la catéchèse dans les communautés ecclésiales, ne pas laisser cette tâche seulement aux catéchistes.
- Encourager et promouvoir le développement, le sens de la responsabilité et l’autonomie financière de nos paroisses.
- Encourager l’utilisation des moyens technologiques et médiatiques dans les diocèses et paroisses, par la création de forums, blogs ou sites, où la catéchèse non pas seulement pour les sacrements, mais pour toute la vie, peut être transmise. De même, où les chrétiens peuvent poser leurs questions de foi, où ils peuvent être aussi répondus. Cela requiert la formation des prêtres et des laïcs à ce service de communication et de l’annonce de l’Evangile tant important à notre société.
- Privilégier aussi dans l’apostolat, la pastorale de proximité et de la rencontre et de l’écoute. Rejoindre les hommes dans leur autochtonies existentielles pour leur apporter Dieu et apportez à Dieu les hommes, vivre le sacerdoce du Christ.
Au moment où nous prenons conscience de la nécessité de vivre la foi dans la rencontre des cultures, nous devrions éprouver le besoin de dépasser la pastorale d’institution, où les énergies missionnaires s’épuisent dans les tâches rituelles (administrations des sacrements, sacramentaux), pour rejoindre l’homme africain dans son existence[34].Il semble que l’une des tâches urgentes de l’Eglise soit de réévaluer sa pratique, son attitude et son enseignement en tenant compte des questions restées sans réponses dans la première évangélisation. L’apostolat missionnaire « n’a labouré dans l’homme africain que la surface qui (lui) paraissait labourable, laissant, en friche un non man’s land, hérissé de touffes d’interrogation, de doutes, d’inspirations et d’insatisfactions de toute genre [35]»
Pour mener ensemble cette tâche dans un renouveau pastoral et dans une nouvelle approche d’évangéliser l’homme africain et sa culture, ne faut-il pas comme le pense ELA que l’Eglise travaille en priorité à ce qu’elle soit africaine dans son « être » autant que son « paraitre ». Devenons-nous épuiser nos forces à nous demander si pour être théologien, il faut résonner à la Descartes ? Ou bien, ne sentons-nous pas le besoin de sortir des bibliothèques et des bureaux, pour aller vers un type de société où l’on voit l’intellectuel parmi les paysans, l’universitaire parmi les illettrés, le médecin parmi les hommes de brousse, le théologien ou le pasteur dans les village, là où la faim, la misère et le désespoir devient un avenir qui ne débouche sur rien et jette l’homme sur la route de la révolte[36]. Il est urgent de que les prêtres sortent des sentiers battus, du catalogue des réponses toutes faites, pour susciter des interrogations nouvelles que le signe des temps nous présente, pour confronter la foi avec les défis actuels, et de donner des réponses pertinentes.
L’Elise d’Afrique a besoin de trouver un art de vivre l’Evangile aux milieux de nos réalités rationnelles et culturelles, au milieu de la violence et de la misère, en sachant que Dieu s’identifie à l’homme dans sa situation. Aujourd’hui, Jésus, c’est l’opprimé. Il nous faut donc retrouver l’enracinement du Christ dans les conditions de vie des hommes d’Afrique à travers la crucifixion, retrouver le drame du noir. Dans cette perspective de foi, n’a de sens que si nous arrivons à refléter la gloire de celui qui nous fait passer des ténèbres à son admirable lumière[37].
Père Jules Joseph DIEDHIOU,OMI
Originaire de la ville de Ziguinchor, religieux missionnaire oblat depuis 2016, ordonné prêtre à Dakar en Avril 2021. Ancien étudiant du Centre Saint Augustin de Dakar et de l’Université catholique de l’Afrique Centrale (Ucac Yaoundé) en mission en Guinée-Bissau depuis 2019.
Passionné de la recherche sur l’anthropologie théologique et de la théologie herméneutique, dans dialogue entre la foi et la raison moderne, entre la foi et l’espérance humaine, entre la foi chrétienne et celle des autres religions.
[1] Concile Vatican II, Constitution pastorale, Gaudium et Spes, n°4
[2] Cf. Catéchisme de l’Eglise Catholique (CEC), n°151.
[3] Ibid.,n°152
[4] Frederic Ducarme et Denis Couvet, « What does nature » ‘’mean’’ » Palgrave communication, spring nature, vol 6, n°14,2020.
[5] Cf. www.wikipédia.com
[6] Définition de l’UNESCO de la culture. Déclaration de Mexico sur les politiques culturelles. Conférences mondiales sur les politiques culturelles, Mexique City, 26 juillet-6 Août 1982.
[7] Vatican II, Gaudium et Spes, n°53.
[8] Documentation Catholique, n°79,1982, p.549.
[9] Commission Théologique Internationale, Foi et Inculturation , 1988,n°3.
[10] Gaudium et Spes n°58.
[11] Ibid.
[12] Synode extraordinaire pour le vingtième anniversaire de la clôture du Concile Vatican II, rapport final voté par les Pères, le 7 décembre 1985 ; la documentation catholique 79, 1982, p.604-606.
[13] Gaudium et Spes, n°58
[14] Jean Marc ELA, Ma foi d’Africain, Khartala, Paris,1985, p.182.
[15] Cf. Cahier du Synode diocésain de Ziguinchor (Sénégal), pp.21-22.
[16] Ibid.
[17] Ibid.
[18] Jean Marc ELA., Op.cit., p.183.
[19] Ibid.
[20] Ibid.
[21] Mgr Jean ZOA, Au lieu de discuter sur le principe de l’inculturation, apportez le fruit de votre créativité : théologie, pastorale, liturgie, art. Homélie du 18 juin 1994.
[22] Mgr Jean ZOA, Homélie de Noel 1998.
[23] Jean Marc ELA, Op.cit., p. 196.
[24] Cf. M.HEGBA, sorcellerie et prière de délivrance, présence africaine. Ina-dès, Paris-Abidjan, 1982.
[25] Cf. Cécé KOLIE, dans chemin de christologie africaine, p.173.
[26] Cf. Homélie de Mgr Jean ZOA, noël 1988.
[27] Commission internationale de Théoloogie, Foi et Inculturation , 1988 ,n°14.
[28] Paulain POUCOUTA, In chronique ma foi d’africain, www.africa.la-croix.com.
[29] Commission Théologique Internationale, Foi et Inculturation, 1988, n°23
[30] PIE XII, lettre encyclique, Summi pontificatus sous le signe du Christ Roi, 20 octobre 1939.
[31] Cf. Mgr NKOUE, lors du 48ième Assemblée générale des prêtres du Bénin, dans le journal : la Croix du Benin.
[32] Cf. Foi et Inculturation, n°23.
[33] Cf. Homélie de Mgr Jean ZOA, archevêque de Yaoundé, pour les sinistrés de Nsam, 22 février 1998.
[34] Jean Marc ELA, Op.Cit., p.176.
[35] S.SEMPORE, « les Eglises d’Afrique entre leur passé et leur avenir », in Concilium, n°126, 1977,p.23.
[36] Cf. Jean Marc ELA, Ma foi d’africain. P.172.
[37] Ibid.p.193.

Merci cher Père Jules l’Oblat. Je suis ravi d’avoir lu cette oeuvre de votre réflexion sur foi et culture… Je tiens à vous rappeler que prochainement il faut compléter votre présentation en mettant Missionnaire Oblat de Marie Immaculée puisqu’il existe des missionnaires Oblats, une congrégation qui est au Nigeria.
Pour tenter d’apporter une petite contribution, je dirais juste qu’il faut qu’on insiste davantage à ce que les pasteurs sortent des presbytères pour partir trouver dans les maisons les brebis égarées surtout ceux des lieux de campagnes. Il est très difficile pour ces dernières qui voient le pasteur une fois l’an ou qui ne le voient même pas de s’éloigner du Vieux homme ( le passé tourmenté de l’homme africain ). Le pasteur doit être toujours debout en terre africaine pour une inculturation réussie.
Encore une fois merci et merci pour toute la nourriture spirituelle enrichissante !
Grand merci cher Père. Cette réflexion est très utile et va beaucoup m’aider.