Pur produit de l’Action catholique et ancien Président national de la Jeunesse Étudiante Catholique du Sénégal (JEC), journaliste de formation devenu consultant en développement, François Mendy s’est engagé dans le champ politique depuis quelques temps. Il brigue aujourd’hui la Mairie de Ziguinchor après avoir été inspiré par la fameuse méthode de l’action catholique, Voir-Juger-Agir, mais aussi par les valeurs du travail, de tolérance et de rationalité. Voici l’intégralité de l’entretien qu’il a accordé à Fidespost et dans lequel il revient également sur la part de sa foi catholique et de ses convictions religieuses dans son engagement politique.
Présentez-vous à nos lecteurs
Je suis un consultant en développement, passionné par cette question. Mais je suis journaliste de formation, diplômé du CESTI. J’ai exercé la fonction pendant quelques années au quotidien national « Le Soleil » à Dakar. Malgré mon travail de journaliste, cette passion pour le développement ne m’a jamais quitté. D’où ma forte implication dans diverses associations ou initiatives sur ce sujet. C’est logiquement qu’une fois en France, j’ai fait des études en développement international au département science politique de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne dont je suis diplômé.
Racontez-nous votre parcours dans les Mouvements d’action catholique, particulièrement dans la JEC
Je suis un pur produit de l’action catholique. J’ai fait mes premiers pas à la JEC au Collège Pie XII de Kaolack. J’ai dirigé la JEC diocésaine de Kaolack de 2002 à 2007. C’est cette année-là que j’ai intégré le Bureau national lors du Conseil national qui s’est tenu à Gossas. J’ai eu par suite l’immense honneur de présider la JEC nationale de 2009 à 2013. Je pense que nous avons fait un travail remarquable pendant ces 4 ans à la tête de la JEC du Sénégal. Je voudrais ici salué les personnes qui m’ont accompagné durant mes deux mandats. J’ai une pensée toute particulière pour ma défunte trésorière Hélène Diouma Sarr. Elle incarnait la loyauté, la rigueur et la transparence. Pendant nos 4 ans de mandats, nous avons eu pas mal de programmes avec gros partenaires. Et tous les rapports d’audits et d’évaluation n’ont signalé aucun manquement. En dehors de ma modeste personne, la JEC du Sénégal doit cela à Hélène Diouma Sarr. C’est ce travail fait au niveau national qui a conduit à mon élection à la JEC International. Je salue et remercie au passage Mgr Benjamin Ndiaye qui m’a toujours soutenu depuis Kaolack jusqu’au niveau international. C’est comme un père pour moi.
Qu’est-ce qui serait à l’origine de votre engagement en politique et de votre volonté de briguer la Mairie de Ziguinchor ?
Mon engagement en politique est le résultat d’une réflexion sur mon parcours. Depuis tout jeune, nous avons été éduqués et formaté dans le sens du service à l’autre, et dans le bénévolat. Et surtout, dans le sens du travail bien fait. Nous travaillions pratiquement 12 mois sur 12 sans subvention. Et c’est nous qui financions nos activités avec nos maigres ressources. Et quand on a la chance d’avoir le parcours que j’ai, tôt ou tard, se pose la question de la prochaine étape de ton engagement. Mon engagement en politique est fortement influencé par l’action catholique et plus particulièrement la JEC.
Dans l’action catholique, nous sommes bien formés, bien éduqués, préparés depuis tout jeune à faire le travail de la meilleure des manières. Nous y sommes aussi outillés à bien Voir, bien Juger et bien Agir. C’est ce triptyque qui m’a poussé à briquer la Mairie de Ziguinchor. Parce que nous avons travaillé pendant 2 ans sans bruit, à analyser la situation de Ziguinchor, qui, il faut le dire, est catastrophique. Car à part les programmes initiés par l’État, la Commune ne prend aucune initiative pour impulser une dynamique de développement. Or, elle doit jouer un grand rôle dans ce domaine. C’est pourquoi le projet que nous proposons aux Ziguinchorois est un projet de développement et non un projet politicien.
Quelle est la part de votre foi catholique et de vos convictions religieuses dans votre engagement politique ?
En fait, elle occupe une place très importante et je trouve mes forces dans l’encyclique Populorum Progressio qui nous dit que la pauvreté est devenue une question mondiale et que les peuples de la faim interpellent les peuples de l’opulence. Donc, en tant qu’être humain, on ne peut pas rester les bras croisés face à un tel désarroi. C’est pourquoi j’ai décidé, en faisant de la politique, d’être un homme politique, un acteur de développement et non un politicien.
Votre lecture de la situation du pays caractérisée par une pauvreté massive (cf. Rapport ANSD), l’ébullition du climat socio-politique, des scandales à répétition…
Le fait que plus de la moitié de la population sénégalaise soit pauvre n’est pas une surprise. Ne sont surpris que ceux qui ne s’intéressent pas aux questions de développement. Parce que du local au niveau central, les ressources ne sont pas orientées vers les secteurs prioritaires. Tout est politisé. Même la construction des voies de communication et de production. Sans compter la corruption et le détournement de deniers publics. Finalement, c’est normal qu’il y ait des révoltes populaires. Parce que quand vous vivez avec quelqu’un qui n’arrivait pas à acheter un vélo pédale, mais du jour au lendemain, se permet de rouler en voiture de stars, construire des villas parce qu’il occupe une fonction politique ou a eu une nomination politique, c’est problématique.
Comment appréciez-vous l’engagement des catholiques dans la vie socio-politique et économique du pays?
C’est quelque chose de très salutaire. L’engagement de tous est nécessaire pour le développement du pays. La communauté catholique est encore très timorée pour ce qui du champ politique et de l’entrepreneuriat. C’est certainement lié à notre éducation. Mais ça commence à changer.
Quelles sont les valeurs chrétiennes qui inspirent votre engagement politique ?
Je dirai sans doute le travail, la tolérance et la rationalité. Parce que je fais partie de ceux qui croient que la pauvreté n’est pas une condamnation à perpétuité. Je crois aussi que les collectivités locales jouent un rôle capital dans le processus de développement et que si nos maires et nos présidents de départements travaillent correctement, le développement ne sera pas un mirage.
Votre message aux jeunes catholiques qui hésiteraient encore à se lancer en politique ?
Ce que je peux leur dire, c’est de se lancer sans hésiter. C’est vrai que ce n’est pas évident. Parce qu’on se pose beaucoup de questions. Notamment, qu’est-ce que les gens vont penser de moi ? Ça nécessite parfois une longue réflexion. Mais en dernier ressort, on ne peut que se retrouver avec un sentiment de devoir accompli. Parce que quand on reste droit dans ses bottes, notre foi et éducation en bandoulière, on ne tombera pas dans les bas-fonds des égouts.
Fidespost
