L’Ascension du Seigneur : l’exaltation de l’humanité

Du latin ascendere = monter, la fête de l’Ascension est une solennité très ancienne qui remonte au IV siècle après Jésus Christ. En effet, d’après le récit de Ac 1, 1-3, l’Ascension de Jésus Christ est advenue quarante jours après la Pâques. Elle représente ainsi la montée de Jésus Christ au ciel qui désormais siège à la droite de son Père pour l’éternité. Elle est l’inauguration de la nouvelle présence du Christ qui n’est plus visible physiquement dans le monde mais qui continue à vivre dans les sacrements. Pour nous chrétiens mais également pour l’humanité tout entière, cette fête a une importance majeure car elle s’inscrit dans un dynamisme pluridimensionnel tant les aspects bibliques que théologiques.

Aspects bibliques de l’Ascension

Avant d’aborder cet aspect, il est nécessaire de rappeler que la Bible doit être lue dans son ensemble. À première vue, quand nous lisons les textes du Nouveau Testament, nous nous rendons vite compte, avec un peu de vigilance, que les témoignages sur l’Ascension sont très peu nombreux. C’est ainsi que dans les Évangiles synoptiques, à savoir Matthieu Marc et Luc, Marc seul rapporte l’événement de l’ascension dans son livre. Bien évidemment, il existe également le témoignage de Luc, mais que l’on ne retrouve pas dans son Évangile, même si l’évangile de Luc et le livre des Actes des Apôtres sont un seul et même livre ; mais plutôt dans le livre des Actes des Apôtres.

La différence qu’on peut noter entre ces deux textes, à savoir celui de Marc et celui des Actes, se trouve au niveau des verbes qu’ils utilisent pour décrire l’événement de l’Ascension. En effet, dans l’évangile selon Marc, Jésus « fut enlevé au ciel ». Il s’agit donc d’un passif divin où l’action de Dieu a comme conséquence la montée du Christ (Cf Mc 16, 19). Dans le livre des Actes des Apôtres en revanche, « il s’éleva » devenant ainsi un sujet actif de l’Ascension (Cf Ac 1, 9). Cela paraît curieux que les deux évangélistes utilisent deux verbes différents pour signifier la même action. Nous avons dit plus haut que la Bible doit être lue dans son ensemble parce que chaque action du Christ est non seulement un acte singulier mais aussi trinitaire dans le sens où il partage une volonté unique avec le Père et l’Esprit.

Aspects théologiques : quelle nouveauté apporte l’événement de l’Ascension ?

L’événement de l’Ascension s’inscrit dans la continuité de l’événement pascal de la résurrection. Il s’inscrit dans la dynamique de la réalisation du projet de salut de Dieu le Père. En effet, la montée de Jésus au ciel prépare la venue de l’Esprit défenseur qui, en nous illuminant et nous rappelant les Paroles du Fils, nous appelle ainsi en son sein pour faire de nous des cohéritiers du Royaume des Cieux. Jésus monte vers son Père et par la suite nous envoie son Esprit pour que nous aussi nous participons à l’œuvre trinaire du Père.

Son ascension ne rappelle pas seulement la dimension physique de l’événement mais s’inscrit également dans un registre transcendantal préparant ainsi notre ascension parce qu’illuminés par l’Esprit de Vie qui nous sera donné par la suite à la Pentecôte. La nouveauté se trouve dans le fait que Jésus ait introduit dans la Trinité son humanité glorieuse celle-là dont nous serons revêtus à la parousie, à la résurrection des corps.

Pour nous chrétiens, cette introduction de l’humanité dans le sein trinitaire de Dieu revêt une importance capitale dans le sens où Jésus donne une nouvelle fonction à notre corps. Dans le chapitre 8 de la lettre aux Romains, Saint Paul l’illustre bien quand il parle de ce qui est de la chair et de ce qui est de l’Esprit. La vivification de nos corps par l’Esprit est la conséquence logique de l’Ascension. C’est ainsi que notre corps revêt une nouvelle sacralité parce qu’introduit dans la Trinité grâce à la Passion, Mort et Résurrection de notre Seigneur Jésus Christ. Notre humanité s’est « divinisée » car, d’une part, avec l’événement de l’incarnation, cette « divinisation » a été initiée et avec l’événement de l’Ascension elle a atteint sa plénitude parce que notre corps, de part le mystère de l’Incarnation, est devenu Corps de Dieu puisque Dieu lui-même a assumé notre matérialité en se faisant l’un de nous. De fait, notre corps n’est plus fait pour disparaître car c’est avec ce corps que nous nous élevons vers Dieu.

Voilà pourquoi Jésus a offert son corps pour que notre corps devienne un corps glorieux. Notre ascension, c’est-à-dire notre cheminement vers le Salut, nous porte à retourner en Dieu puisque de lui nous tenons l’Être et à lui nous retournerons. C’est pourquoi, nous devrons lire notre ascension à nous dans le même conduit que l’Ascension du Christ, bien évidemment avec une petite différence. L’introduction de l’humanité de Jésus dans la Sainte Trinité fait de nous aussi des fils dans le Fils parce que nous sommes cohéritiers du Royaume des Cieux.

Abbé Jean Pierre Amaye Tendeng

Séminariste en formation en Première Année de Licence canonique en Droit Canon à Rome.

 

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