Etabli à Sambam, à 45 km de Dakar depuis 1951, le Grand Séminaire François Libermann de Sébikotane a formé 551 prêtres sénégalais et 60 prêtres originaires du Togo, du Gabon, de la Guinée Bissau, de la Guinée Conakry, du Liban, de la Gambie, de la Côte d’Ivoire, du Bénin, du Gabon, du Mali, et de l’Espagne. Son premier recteur, issu du clergé local, est feu l’Abbé Pierre Diédhiou de Ziguinchor. Voici l’histoire de cette prestigieuse maison de formation au sacerdoce, racontée par l’Abbé Dibocor Philippe Ngom, responsable de l’économat, dans un entretien accordé à Fidespost.
- Cher abbé, on parle plus souvent du « Séminaire de Sébikotane pour désigner le Grand Séminaire François Libermann. Où est-il situé plus exactement ?
Le Grand Séminaire Libermann, situé dans la zone de Sambam, se trouve à 3,6 km de Sébikhotane dans la quasi-paroisse Bienheureuse Anuarite de Sébikhotane de l’Archidiocèse de Dakar ouverte en 2011. Le site est à 45 km de Dakar.
- Quelle est la genèse de la fondation de ce Grand Séminaire ?
La vitalité d’une Eglise se mesure à sa capacité de donner ses propres fils pour pérenniser l’œuvre du Christ. De l’Abbé Joao Pinto, djolof-djolof, missionnaire à Sao-Tomé vers 1585 à Guillaume Jouga « premier prêtre issu d’un Séminaire africain », ordonné le 31 Juillet 1864 à Ngazobil, l’idée de construire un Séminaire pour la formation d’un clergé autochtone fut longue, difficile mais jamais abandonnée.
Du Grand Séminaire à proprement parler, la chronique retient l’année 1857. Mais auparavant, un Séminaire avait été ouvert en 1847 à Dakar et placé sous le patronage de Louis de Gonzague. Deux (2) années plus tard, Mgr Kobes le transfère à Ngazobil où l’insécurité résultant de la guerre entre le Cayor et le Sine oblige l’évêque à le ramener à Dakar en 1851.
- Ainsi l’histoire de ce Grand Séminaire n’a pas commencé à Sébikotane…
Tout à fait ! En février 1866 et cela durant 44 ans, le Séminaire installera de nouveau ses marques à Ngazobil pour ensuite migrer, sur initiative de Mgr Jalabert, à Thiès en 1910 avant de reprendre le chemin inverse en 1914. Durant la période de conflit mondial, il n’y aura qu’un seul grand séminariste : l’Abbé Charles Joseph Mendy ordonné prêtre en 1924 à Banjul (Gambie). Douze (12) ans après la fin de la guerre, le Grand Séminaire n’a pas encore fini de se stabiliser : Mgr Grimault, en 1930, le transfère à Poponguine, sur l’emplacement actuel du Noviciat des Filles du Saint-Cœur de Marie, mais c’était sans compter avec la trypanose qui y sévira. Pusieurs professeurs et élèves seront atteints.
Ainsi le Séminaire reprendra-t-il la route de Thiès en 1938, de Ngazobil en 1940 et de Poponguine en 1946. Il y restera jusqu’en 1951.
- C’est donc en 1951 que le Grand Séminaire est installé à Sébikotane. Comment cela s’est-il passé ?
De Sébikhotane, l’histoire religieuse du Sénégal retient qu’il fut l’aboutissement des différentes pérégrinations du Grand Séminaire. En mai 1951, après l’acquisition du domaine de Sambam et le refus des trappistes de s’y installer, le Séminaire est transféré à Sébikhotane. L’Institution est sous la direction du Père Charles Catlin secondé par le Père François Morvan. Ce dernier sera directeur de 1953 à 1962. C’est toujours des spiritains qui viendront après eux jusqu’en 1973. Ainsi les Pères Christian de Mare (1962-1967), Jean Ferron (1967-1970), Pierre Haas(un intérim en décembre 1970) et Robert de Chevigny (1971-1973) dirigeront-ils tour à tour le Séminaire.
- Pouvez-vous revenir sur la liste des prêtres sénégalais qui ont été nommés à la tête de cette maison de formation ?
L’année 1973 verra l’arrivée du Clergé diocésain à la direction du Séminaire avec la nomination de l’Abbé Pierre Diédhiou du diocèse de Ziguinchor, comme recteur. En 1974, une grande crise aboutira au renvoi des séminaristes et à la fermeture du Séminaire. L’année académique 1974-1975 verra la réouverture avec seulement des séminaristes de la première année, dix (10) au total. L’Abbé Léon Diouf du clergé diocésain de Dakar présidera aux destinées de l’Institution de 1980 à 1992. En 1987, à cause de l’accroissement des vocations, de l’étroitesse des structures et du souci de décentralisation, le Cycle de philosophie est transféré à Djibélor en attendant la fin des travaux de construction du nouveau Séminaire à Brin, dans le diocèse de Ziguinchor. L’installation à Brin sera effective en 1992. La même année, l’Abbé Léon Diouf est remplacé par l’Abbé Alexandre Mbengue du clergé diocésain de Thiès. Ce dernier y restera jusqu’en octobre 1998, date à laquelle l’Abbé Augustin Simmel Ndiaye du diocèse de Dakar, arrivera au rectorat qu’il quittera en 2005 pour passer le flambeau à l’Abbé Jacques Bouré Diouf. Ce dernier présidera à la destinée de Sambam jusqu’à son affectation en 2013. Il passera ainsi le relai à l’Abbé Alfred Waly Sarr nommé à ce poste par le Cardinal Fernando Filoni, Préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des Peuples, le 29 juillet 2013. Il est le Recteur jusqu’à nos jours. A noter que le Grand Séminaire de Sébikotane est officiellement passé du statut de séminaire diocésain à celui séminaire interdiocésain.
- Cher abbé, avez-vous des chiffres sur le nombre de prêtres formés ici à Sébikotane depuis 1951 ?
De 1951 à nos jours, le Grand Séminaire a donné à l’Eglise, selon les chiffres des registres, 551 prêtres sénégalais et 60 prêtres originaires du Togo, du Gabon, de la Guinée Bissau, de la Guinée Conakry, du Liban, de La Gambie, de la Côte d’Ivoire, du Bénin, du Gabon, du Mali, et de l’Espagne.
- 69 ans cette année, on peut dire que le Grand Séminaire est à la veille du jubilé de ses 70 ans
2021 sera une année de grâce pour dire au Seigneur merci pour tant de vie données pour la gloire de Dieu et le salut des Hommes. Une perspective qui m’inspire cette prière du psalmiste : « Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse. Rassasie-nous de ton amour au matin, que nous passions nos jours dans la joie et les chants. Fais connaître ton œuvre à tes serviteurs et ta splendeur à leurs fils. Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu ! Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains ; oui, consolide l’ouvrage de nos mains » (cf. Ps 89,12-17).
