Depuis la sortie d’un énième rapport sur les crimes sexuels des hommes d’Église en France, un mot est en vogue : la honte avec des expressions : « j’ai honte », « c’est le temps de la honte », etc. Faut-il avoir honte du pécheur ? Avoir honte du pécheur, est-ce vraiment chrétien ?
Sans toutefois se donner le droit de maîtriser tous les aspects du concept « honte », il convient de reconnaître dans une forme assez simpliste que ce mot peut renvoyer à deux dynamiques importantes : avoir honte de soi, avoir honte de ses actes, de ses péchés d’une part, et d’autre part avoir honte d’autrui pour ses actes, pour ses péchés.
Avoir honte de ses actes, surtout quand ceux-ci sont mauvais, est l’expression d’une conscience encore bien vivante qui, essentiellement, pourrait conduire à un repenti effectif et efficace. Qui sait combien de ces accusés d’aujourd’hui ont dû pleurer leurs péchés, en cherchant dans les profondeurs de la nuit obscure de leurs péchés ce rayon de lumière pour redonner vie à leurs âmes ? Une société où les hommes n’ont plus honte de leurs actes mauvais est une société vouée à la perdition. C’est le pire des péchés à craindre.
Mais avoir honte de l’autre pour ses péchés, renverrait tout simplement à jeter un regard anéantissant, paralysant sur l’autre, un regard aux odeurs de mépris, de dégoût. Un regard qui juge et condamne. Est-ce là une attitude chrétienne surtout quand le message chrétien est formel : « Ne jugez point et vous ne serez pas jugés » (Lc 6:37).
Sans cependant dédramatiser le mal, il convient de ne pas céder si facilement à la logique de ce monde toujours prompt à juger et à condamner. Il est nécessaire dans la gestion de cette crise de demeurer signe de contradiction pour ce monde en luttant certes contre le mal sous toutes ses formes et avec la plus grande énergie possible, mais en restant miséricordieux envers les pécheurs, tout en les aidant à travailler pour retrouver la splendeur de leur identité fondamentale qui est celle d’enfant de Dieu.
Le Christ nous donne un enseignement assez fort dans sa relation avec les pécheurs. Loin d’avoir honte d’eux, il arrive toujours par la force de sa compassion à jeter sur eux un regard de miséricorde et d’amour en faisant table avec eux, où leur réservant un bon accueil. Sans se limiter à cette unique dynamique, le Christ met tout en œuvre pour guérir ces hommes et ces femmes, créés bons puisqu’à l’image de Dieu et à sa ressemblance, mais défigurés aujourd’hui par la force du mal.
La question qui mérite d’être posée est de savoir comment nous sommes nous arrivés là ? La racine profonde de cette crise viendrait peut être du fait qu’à un moment donné de l’histoire, on a oublié que les hommes d’église n’étaient ni vrais Dieu ni vrais homme, mais tout simplement étaient pleinement humains. Au-delà de l’effet de honte, cherchons à repenser le système ecclésial sur la base d’un socle trop souvent occulté : l’humain.
Père Donald Zagore, sma
