La dimension naturelle du mariage, à partir du discours de Jean Paul II aux auditeurs de la Rote romaine du 1er février 2001

Dans son discours adressé aux Auditeurs de la Rote romaine le 1er février 2001, le Pape Jean Paul II revenait à juste raison et sans ambages sur l’enseignement traditionnel sur la dimension naturelle du mariage. C’est sur celle-ci que notre présente analyse du mariage dans l’Église catholique. Que pouvons-nous retenir de l’enseignement de l’Église sur la dimension naturelle du mariage ? Que dire de la tendance idéalisante de la notion du mariage ? Quel est le fondement de la dimension naturelle du mariage ?

  • L’enseignement de l’Église sur la dimension naturelle du mariage

« Quand l’Église enseigne que le mariage est une réalité naturelle, elle présente une vérité mise en évidence par la raison pour le bien des conjoints et de la société et qui est confirmée par la révélation de Notre Seigneur, qui met explicitement en étroite liaison l’union conjugale avec le « principe » (Mt 19, 4-8), dont parle le Livre de la Genèse :  « homme et femme il les créa » (Gn 1, 27), et « ils deviennent une seule chair » (Gn 2, 24). » Par cette affirmation, le Pape Jean Paul II relatait l’enseignement traditionnel de l’Église sur la dimension naturelle du mariage. En effet, l’Église affirme et confirme que le « mariage est une réalité naturelle ». Car, le mariage, avant tout et par essence, trouve son fondement dans l’ordre même de la création, dans l’ordre de la nature.

Le mariage concerne l’homme et la femme dans leur être même en tant que créés par Dieu à son image et à sa ressemblance comme mâle et femelle (Gn 1, 27) et destinés par lui dès l’origine à constituer une seule chaire (Gn 2, 24). L’union conjugale relève même de la masculinité et de la féminité des conjoints. D’ailleurs, pour le Pape, l’Église, enseignant la dimension naturelle du mariage, « présente une vérité mise en évidence par la raison pour le bien des conjoints et de la société ». Une vérité réaffirmée et confirmée par le Christ (cf. Mt 19, 4-8) qui éleva le mariage à la dignité de sacrement. Ce qui est signifié au canon 1055 § 1 du Code de droit canonique de 1983 qui, en échos à Gaudium et spes (GS) 48, définit que « l’alliance matrimoniale, par laquelle un homme et une femme constituent une communauté de toute la vie, ordonnée par son caractère naturel au bien des conjoints ainsi qu’à la génération et à l’éducation des enfants, a été élevée entre baptisés par le Christ à la dignité de sacrement ».

  • Une mise en garde : la tendance idéalisante de la notion du mariage

L’élévation à la dignité de sacrement par le Christ du mariage qui est avant tout une réalité naturelle (cf. canon 1055 § 1) ne cautionne pas la tendance idéalisante de la notion du mariage avec ses revendications, tendance contre laquelle le Pape Jean Paul II met en garde dans son présent discours aux Auditeurs de la Rote romaine. Ainsi, « le fait que la donnée naturelle soit confirmée de façon autorisée et éminente au rang de sacrement par notre Seigneur, souligne-t-il, ne justifie pas du tout la tendance, aujourd’hui malheureusement très répandue, qui consiste à idéaliser la notion du mariage – nature, propriétés essentielles et finalité –, en revendiquant une conception différente  mais  valable  de  la  part  d’un croyant ou d’un non-croyant, d’un catholique ou d’un non-catholique, comme si le sacrement était une réalité successive et extrinsèque à la donnée naturelle et non cette même donnée naturelle, mise en évidence par la raison, assumée et élevée par le Christ comme signe et moyen de salut. »

En d’autres termes, le Pape, mettant en garde contre ladite tendance, affirme que la sacramentalité du mariage reste intrinsèquement liée à la dimension naturelle de celui-ci. Dans son exhortation post-synodale de 1980 Familiaris consortio, faisait-il déjà remarquer sans ambages et à juste titre que, « parmi tous les sacrements, celui du mariage a ceci de spécifique d’être le sacrement d’une réalité qui existe déjà dans l’ordre de la création, d’être le pacte conjugal institué par le Créateur  » au commencement  » » (n. 68). Par conséquent, nier la dimension naturelle du mariage reviendrait à nier de manière implicite la sacramentalité de ce dernier. D’ailleurs, heureux est-il de rappeler que le consortium totuis vitae ou communauté de toue la vie, « ordonnée à son caractère naturel », a pour fins primordiales des fins naturelles que sont : le bonum coniugum et le bonum prolis.

Par précision, le bonum coniugum ou bien des conjoints se réalise dans l’intime communion de l’homme et de la femme incombant une complémentarité ou aide mutuelle pour former un seul être, une seule chair (Gn 2, 24), faisant d’eux des époux avec des droits et des devoirs et ayant pour conséquence la fidélité de l’amour conjugal qui implique l’indissoluble unité des époux (cf. GS 48 § 1 ; CEC 1646) et qui a son fondement dans la fidélité de Dieu à son alliance, du Christ à son Église. Et, le bonum prolis ou procréation et éducation des enfants (cf. canon 1055 § 1 ; GS 48) est une fin résultante de la volonté même de Dieu à la création de l’homme et de la femme : la perpétuation de l’espèce humaine (cf. Gn 1, 26-28). De plus, « les parents ont le très grave devoir et le droit primordial de pourvoir de leur mieux à l’éducation tant physique, sociale et culturelle que morale et religieuse de leurs enfants » (canon 1136).

  • L’inclination naturelle des conjoints, fondement de la dimension naturelle du mariage

Ce qui fonde le mariage en tant que réalité naturelle, c’est l’inclination naturelle de l’homme et de la femme qui veulent se marier et devenir ainsi, tel qu’y invite le Créateur, « une seule chair » (Gn 2, 24). Le Pape Jean Paul II de le signifier en ces termes : « Le mariage n’est pas une union quelconque entre personnes humaines, susceptible de prendre la forme d’une pluralité de modèles culturels. L’homme et la femme trouvent en eux-mêmes l’inclination naturelle à s’unir conjugalement. » Mais en quoi consiste cette inclination naturelle ? Celle-ci consiste, en effet, en la volonté libre de l’homme et de la femme à s’unir conjugalement et à former la communauté de vie et d’amour (GS 48) pour le bien propres et pour l’éducation et la génération des enfants (canon 1055 § 1).

De facto, le consentement matrimonial paraît le lieu objectif de cette inclination naturelle. Un homme et une femme déclarent librement leurs volontés concordantes à s’unir conjugalement. Richard de Puza rappelait, dans son article « Le mariage est-il contrat ou alliance ? », que le mariage « est établi de par la volonté de deux personnes. » Ici, retentit la volonté de l’homme et la femme créés libres à l’image et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 27). La liberté de l’homme et de la femme est inhérente à leur nature. Et donc, le mariage demeure naturel d’autant plus qu’il manifeste l’accord des deux volontés libres des conjoints. Dès lors, Jean Paul II d’écrire que « le mariage, comme le précise saint Thomas d’Aquin, est naturel, non parce qu’il « est causé par une nécessité dérivant des principes naturels », mais bien en tant que réalité « vers laquelle la nature tend, mais qui est accomplie à travers le libre arbitre » (Summa Theol. Suppl., q. 41, a. 1, in c.). Toute opposition entre nature et liberté, entre nature et culture est donc profondément déviante. »

Pour conclure, la lecture et l’analyse du discours du Pape Jean Paul II aux Auditeurs de la Rote romaine du 1er février 2001 revêtent un grand intérêt pour comprendre la conception du mariage dans l’enseignement de l’Église. Ainsi, il a été donné de constater que le mariage reste et demeure avant tout une réalité naturelle. Et, de fait, la sacramentalité du mariage reste intimement liée à sa dimension naturelle qui est « mise à l’évidence par la raison, assumée et élevée par le Christ comme signe et moyen de salut ». Cette dimension naturelle du mariage reste fondée sur l’inclination naturelle de l’homme et de la femme à s’unir conjugalement.

Septembre 2021

Peter KABO

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