Ex 34, 4b-6. 8.-9
2 Co 13, 11-13
Jn 3, 16-18
À partir de la péricope johannique que nous venons de lire, nous pouvons dire que la Trinité systématiserait tous les mystères chrétiens que la théologie étudie sous forme de traités. De la création en passant par la re-création à la rédemption, ces mystères explicitent ce mystère omniprésent, même si le mot en lui-même n’apparait pas dans l’Écriture.
En effet, le don du Fils unique comme nous l’avons entendu au début de l’évangile, traduirait justement le mystère de l’incarnation. Et Jean de préciser dans le verset 17 de son chapitre 3 la finalité de l’incarnation qui n’est autre que la rédemption inséparable de la manifestation et du don plénier de l’Esprit Saint. Dans ce verset 17 toujours apparaît clairement le motif et la finalité de l’incarnation qui est en vue du salut du monde1.
L’incarnation étant le mode singulier de la révélation chrétienne où Dieu dit Dieu, constitue le moment favorable où Dieu vient à l’homme. Elle est surtout le dévoilement total du mystère jusque-là tenu caché. À la différence de tous les discours sur Dieu qu’ils soient philosophiques ou théologiques, la révélation chrétienne nous enseigne que c’est Dieu lui-même qui s’engage sur le chemin de l’homme pour se révéler à lui. Désormais, ce n’est ni par son intelligence ni par un ange ni par un prophète que l’homme accède dans son intimité. Il y accède dès lors que Dieu est venu jusqu’à lui pour se dire totalement et définitivement dans la Personne du Fils et dans la communion du Saint Esprit. Grâce au Fils puis à l’Esprit Saint continuateur de la mission salvifique du Fils, le Père accomplit sa promesse de sauver tous les hommes.
De ce fait, il est important de percevoir tout de suite que l’enjeu de la révélation du Dieu trinitaire est bien le salut des hommes. Par conséquent, la compréhension du lien entre Trinité et Salut est fondamentale. Ce lien, nous le retrouvons dans la courte péricope que nous venons de lire. C’est dire toute la profondeur de l’action créatrice et salvatrice du Père, du Fils et du Saint Esprit.
En effet, le Fils unique que le Père envoie, est celui qui accomplit l’œuvre de salut dans la puissance de l’Esprit Saint. L’œuvre salvifique du Christ puis de l’Esprit, nous révèle leur unité divine avec le Père. Ces missions, du Fils puis de l’Esprit manifestent bien les relations mutuelles des personnes. Et notre péricope souligne en particulier la filiation divine du Christ. Il est certes envoyé mais comme Fils unique et non comme un simple prophète. C’est important à souligner. Car, « la révélation du Père par le Fils et la manifestation du Fils par le Saint Esprit nous donnent ainsi de reconnaitre les processions éternelles des personnes : c’est le chemin de la découverte du mystère trinitaire dans la foi » selon Gilles Emery.
Par ailleurs, au-delà de la mission du Christ envoyé du Père, émerge un enseignement, autre lieu de manifestation de la Trinité. D’où le lien important cette fois-ci entre parole et mission. Et à ce niveau précisément, l’Esprit Saint joue un rôle décisif qui consiste à actualiser l’enseignement et l’agir du Christ pour la plus grande gloire de Dieu le Père. Et c’est là où la Parole de Dieu nous donne de poser solidement les fondements de la Trinité. En effet, c’est à partir de la Parole de Dieu qu’il est possible de comprendre la consubstantialité divine du Père et du Fils. Puisque l’enseignement de la Bible nous invite à reconnaitre l’unité essentielle du Père et du Fils dans l’Esprit Saint qui est justement la cause et la source de cette unité. L’Esprit Saint est bien le principe d’unité entre le Père et le Fils de la même manière que l’Amour est principe d’unité au sein du couple. Tous deux ne feront qu’un dit l’Ecriture2. De la même manière que l’Écriture nous enseigne que le Père et le Fils ne font qu’un3. Au sein de la Trinité comme au sein du couple, cette unité exige la distinction des Personnes pour une meilleure connaissance de leurs propriétés essentielles4.
Et n’oublions pas qu’en saint Jean, il est dit de Dieu qu’il est Amour. Or qui dit Amour dit relations. C’est pourquoi cette notion de relations est capitale dans le vocabulaire trinitaire puisqu’elle permet de saisir la personne divine en garantissant un strict monothéisme. Parce que l’amour entre le Père et le Fils fait leur unité dans la distinction des personnes. Ce d’autant plus que de cet amour entre le Père et le Fils procède ou est « spiré » l’Esprit Saint assimilé à l’Amour.
Justement c’est à partir des œuvres de chaque personne de la Trinité que cette distinction est rendue possible. C’est pourquoi, à la suite du Fils, les œuvres de l’Esprit Saint manifestent sa divinité. L’Écriture ne le présente pas juste comme une « force » mais bien comme une personne. Car nous dit Saint Thomas, il procède, il enseigne, il témoigne, il intercède, il révèle, il connait, il parle, il habite le cœur des fidèles5.
Avec Gilles Emery, on peut dire alors que la foi trinitaire reconnait la divinité des trois personnes dans leur unité. Cette foi repose sur la manifestation du Père, du Fils et du Saint Esprit dans l’histoire du salut, suivant le témoignage de l’Écriture reçu dans l’Église6. Aussi, l’unité (un seul Dieu) et la distinction des personnes apparaissent spécialement dans ces manifestations de la Trinité. C’est le cas à la nativité du Christ, au baptême de Jésus. C’est le cas aussi à la transfiguration. Il en est de même à la passion du Christ. Mais c’est surtout la formule trinitaire du baptême au dernier chapitre de l’évangile de Matthieu7 qui a joué un rôle central dans l’élaboration de la doctrine trinitaire. Pour saint Thomas en particulier, la formule trinitaire du baptême manifeste bel et bien la Trinité.
En définitive, la connaissance de la Trinité repose exclusivement sur l’accueil de la révélation dans l’histoire du salut, par la foi. Avec foi, nous accueillonons ce mystère très grand. Que le Seigneur nous donne l’intelligence de la foi pour en rendre compte mais surtout pour en vivre comme le gage et la certitude de notre salut en Jésus Christ l’envoyé du Père et dans la communion du Saint Esprit.
Frère Pierre-Marie Niang, o.p.
1 Jn 3, 17
2 Mt 19, 6
3 Jn 10, 30
4 Confondre les Personnes divines, c’est tomber dans le sabellianisme. Et les séparer, c’est tomber dans l’arianisme, toutes des deux des hérésies. Gilles Emery, La théologie trinitaire de Saint Thomas d’Aquin, Paris, Cerf, 2004, p. 26.
5 Gilles Emery, La théologie trinitaire de Saint Thomas d’Aquin, Paris, Cerf, 2004, p. 24.
6 Gilles Emery, La théologie trinitaire de Saint Thomas d’Aquin, Paris, Cerf, 2004, p. 24-25.
7 Mt 28, 19

Bonjour à vous ! Merci pour cet enseignement si riche sur la Trinité. J’aimerais d’avantage comprendre en quoi est ce que la nativité constitue une manifestation de la Trinité ? Merci