Carême : Pourquoi les chrétiens se mettent-ils en quarantaine ?

L’actualité du monde est aujourd’hui marquée par cette épidémie du coronavirus avec son cortège de victimes et ses mesures drastiques de mise en quarantaine des certaines populations dans des pays touchés par la maladie. L’objectif étant de circonscrire le mal pour éviter sa propagation et se donner les moyens de mieux le combattre. C’est dans un tel contexte que les chrétiens sont entrés, cette année, en Carême. Mais de quel mal souffrent-ils ? Quelle est donc cette « épidémie » qui oblige les chrétiens à se mettre en « quarantaine » ?

Comme on le sait, le « Carême » désigne une prédiode de  40 jours. Un chiffre à ne pas réduire au résultat de quelques opérations mathématiques (20 x 2 ou 20 + 20). Il désigne plutôt le remplacement d’une période par une autre, comme le passage à une humanité nouvelle lorsque le Déluge dure 40 jours et 40 nuits (cf. Gen 6. 7).

Les Israélites séjournent 40 ans dans le désert, le temps nécessaire pour que la génération infidèle soit remplacée par une autre.  Moïse reste 40 jours sur le mont Sinaï avant de recevoir les préceptes de Dieu afin de guider son peuple vers la terre promise (cf. Exode 24, 18) et Elie marche durant 40 jours pour y parvenir, temps au terme duquel leurs vies seront modifiées (cf. 1 R19, 8).  Le prophète Jonas passe 40 jours à annoncer la destruction de Ninive afin de donner aux habitants le temps de changer de vie (cf. Jonas 3). 

Jésus jeûnera 40 jours pour marquer son passage de la vie privée à la vie publique (cf. Mt 4). De même, après son baptême au cours duquel son Père l’a intronisé Roi et l’a comblé de la puissance de son Esprit, Jésus s’éloigne pour vivre un carême  dans la solitude du désert. Avant de commencer sa mission, lui le Fils de Dieu, se retire pour réfléchir et décider seul. Il cherche à savoir comment réaliser cette mission et avec quels moyens, en restant dans un endroit désert, sans boire ni manger.

La quarantaine correspond à une période d’incubation, d’observation, où l’on doit débusquer le danger et prendre une décision vitale. Il faut faire face à l’urgence. Le péril est grand.

En effet, quand on s’intéresse au contexte socio-politique de son époque, on observe que la situation était grave. Le pays est occupé par l’armée romaine depuis près d’un siècle, le roi comme plusieurs prêtres et autres chefs religieux de Jérusalem sont corrompus. Les colons romains imposent leur civilisation païenne et construisent des théâtres, des stades et enseignent leurs philosophes. Le gouverneur Pilate est impitoyable. Plusieurs de ses compatriotes prennent le chemin de l’exil, affrontant ainsi des conditions de vie très pénibles ou restent sur place désoeuvrés.

Le Carême de Jésus ou sa mise en quarantaine est loin d’être une fuite dans une spiritualité déconnectée de la réalité ou désincarnée mais un combat spirituel déterminé dont l’enjeu essentiel est le salut d’Israël et du monde. Mais que peut bien faire un seul homme devant un tel projet ?La réponse dans l’évangile du premier dimanche de Carême.

Le Fils de Dieu y arrivera par une fidélité absolue à la Parole de Dieu, en résistant à toutes les ruses du diable qui lui fait miroiter des perspectives alléchantes. La Parole de Dieu est l’antidote « miracle ».

Les chrétiens entrent donc en Carême pour engager une résistance, une lutte contre les mystérieuses puissances du mal qui cherchent à détourner l’homme de la volonté de Dieu et à faire échouer son projet de sauver l’humanité. Un combat qui se joue sur un triple front qui gangrène le monde : celui de l’avidité des biens terresstres, du pouvoir et de la violence et celui de la gloire et de la séduction.

Cette mise en quarantaine donne ainsi aux chrétiens l’occasion de repenser leur rapport au monde et aux choses, de se recentrer sur ce qui a réellement de l’importance et de laisser tomber tout le reste : le superflus, les masques et les apparences.

Elle exige conversion, changement de vie, sortie d’une impasse pour reprendre le bon chemin. Cesser de vivre comme on aime pour vivre comme Dieu le demande. Et pour cela, les hommes ont besoin de prendre leur distance avec le monde, ils ont besoin de « se mettre en quarantaine ».

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